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 Guerrier à vendre

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Asélryn

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MessageSujet: Guerrier à vendre   Jeu 20 Nov - 13:19

Une surface froide et rigide, une douleur insistante que je ne saurais bien localiser, un contact métallique autour des chevilles et des poignets…
Il y a des jours comme ça où l’on aimerait simplement ne pas se réveiller.

En fait, je n’ai même pas envie de savoir comment j’en suis arrivé là. Je sens que bouger ne serait-ce que le petit doigt serait trop douloureux, et même chercher à se souvenir réveillerait une terrible migraine.
Enfin, ç’aurait sans doute été préférable au coup de pied que je reçois brusquement en plein visage.

Grognant, je me redresse et ouvre les yeux. Dans une pièce étroite aux murs de pierre que l’on m’a visiblement réservée, je suis enchaîné au mur et face à moi se tient un orc brun qui ne se contente pas de frapper mais aussi de me cracher dessus.

Indignation, colère, mes souvenirs me reviennent.
Le portail aux Terres Foudroyées. Ils y emmenaient des esclaves capturés, j’y ai bondi sans vraiment réfléchir et personne ne m’a suivi. Le passage a du se refermer après que je l’aie traversé et il a fallu affronter seul des dizaines d’orcs armés jusqu’aux dents. J’ignore combien d’entre eux sont tombés sous mes coups, peut-être un, peut-être une dizaine. Je ne voyais pas les corps de mes victimes, les guerriers bien vivants occupaient tout mon champ de vision, ils m’ont submergé et immobilisé.
Ces lâches n’ont pas lésiné à la tâche de me molester même après la perte de mon arme. J’ai rejoint les hommes que j’avais espéré sauver, chaînes aux poignets, mais je n’en ai vu aucun qui conservât ne serait-ce qu’une once de combattivité dans le regard. Leur volonté brisée par la captivité ou par je ne sais quel moyen, je devais moi-même trouver le moyen de m’échapper tandis que les orcs comptaient tous nous mettre au travail.
Celui qui me fait face supervise ce travail, il disait qu’il nous en ferait baver…

« - Ton corps sans vie devrait déjà avoir été jeté dans le volcan, mais je crois que tu le sais. »

La suite de mes souvenirs est floue, je me contente de me redresser un peu plus, plantant mon regard dans le sien avec défi.

« - Tu nous a causé beaucoup trop de problèmes comme ça. Tuer quatre de nos meilleurs guerriers… »

Quatre… c’était donc ça.

« - …estropier le contremaître… »

Ça me revient brièvement. Cet ahuri se servait d’un micro-ajusteur gyromatique comme d’un burin, je lui en ai montré un usage plus créatif en le lui arrachant pour empaler sa main avec. Les gardes m’ont saisi et battu avant que je ne puisse aller plus loin.

« - …mordre le maître d’esclaves jusqu’au sang… »

Tiens, ça je ne m’en souviens pas…

« - …mais plus audacieux, tenter de saboter le travail auquel tu étais sensé contribuer. »

Je me rappelle enfin de ce qu’ils nous faisaient faire. Ils avaient besoin de main d’œuvre pour fabriquer une de leurs étoiles de fer, mais un modèle bien plus gros que ce que j’avais pu voir aux Terres Foudroyées. J’ai observé et commencé à comprendre comment ces engins fonctionnaient, une machine de destruction simple et efficace, dont le style lui évoquait clairement la technologie gobeline.
J’ai soigneusement fragilisé la structure petit à petit en essayant de ne pas être vu. Mais ce n’est manifestement pas passé inaperçu car j’ai subitement été réveillé pendant la nuit, roué de coups et traîné dans cette cellule.

« - Nos ingénieurs m’ont dit que si l’étoile avait été utilisée dans ces conditions elle aurait explosé au moindre choc, donc pendant sa manipulation. On m’avait dit que les tiens étaient primitifs et que notre technologie leur était inconnue.
- On vous a bien renseignés, ne croyez pas… »


Un nouveau coup de pied. Ce sera donc ça à chaque fois que je daignerai ouvrir la bouche maintenant.

« - Imagine si ce travail collectif avait joué contre nous. Nous aurions du exécuter tous ces esclaves par ta faute. Je crois que ta place n’est pas ici. »

Je parie que tu vas me dire où elle est… Le volcan peut-être ?

« - Tu es un guerrier, hein ? Alors tu seras sans doute un bon divertissement. »

Je force discrètement sur mes chaînes, elles sont bien fixées, il n’y a rien à tenter à ce niveau-là. Sans compter les deux gardes que je viens d’apercevoir dans la pénombre plus loin.

« - Nos jeunes guerriers qui ne sont pas encore partis sur le front veulent voir qui sont nos ennemis. Si tu ne peux pas te rendre utile en travaillant, tu le feras en mourant pour notre bon plaisir. Gurtaz veut de nouveaux esclaves, il saura te remettre à ta place dans l’arène. »

Une chance de me battre…
Ils ne vont pas m’abattre purement et simplement, je peux survivre. Je peux m’en sortir. Ce ne sera pas une simple épreuve de force, mais s’il y a un moyen de retrouver Céralynde et Elrundil…

L’orc m’assène un coup à la tête qui obscurcit aussitôt ma vision et me plonge rapidement dans un sommeil sans rêves. Il devait porter une matraque que je n’ai pas vue.
Je n’aurais pas du sourire.
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Asélryn

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MessageSujet: Re: Guerrier à vendre   Mer 3 Déc - 2:00

Ciel rouge. Soleil rouge. Terre rouge.

On pourrait difficilement faire plus proche de la définition de l’enfer que ce champ de bataille. Notre tête de pont baigne dans le sang de nos soldats tombés mais nous sommes dans une accalmie. Les orcs se rassemblent pour leur prochain assaut, nous avons tout juste le temps de reprendre notre souffle.

Les membres de l’institut sont encore vivants, du moins je n’en ai pas encore vu de mort. Les combattants encore debout sont sans doute les meilleurs d’entre nous mais nous sommes tellement moins nombreux qu’avant. Non loin de moi Céralynde appréhende les prochains combats, encore poussée par l’adrénaline mais je sens qu’elle fatigue. Ma propre hache m’a parue aussi bien plus lourde lors de mes dernières passes…
J’aperçois Martha plus loin, elle semble vouloir rassurer Satria mais elle aussi aurait bien besoin d’espoir pour porter ses paroles, son regard la trahit. Couvert de blessures mais encore vivace, Tym trépigne à l’idée de plus de sang. Kley’meus rassemble les hommes éparpillés par le dernier assaut, il leur inspire le respect malgré son épuisement. Je remarque d’autres alliés qui nous ont prêté main forte par le passé, nous ne sommes pas vaincus…

Une nouvelle vague d’orcs, mais je ne repère ceux-ci qu’à leurs cris de guerre. Suis-je à ce point harassé pour que mes yeux me trahissent ?
Non, ils se détachent finalement de ce décor monochrome, eux-mêmes entièrement rouges et deux fois plus massifs. Ce ne sont plus les orcs bruns que l’on affrontait, ce sont des gangr’orcs, mais ils sont aussi nombreux que leurs prédécesseurs. Même lors de la campagne d’Outreterre je n’ai jamais vu autant de ces monstres à la fois.

Les premiers chocs sont terribles, ils sont bien plus robustes et lorsque les coups font mouche, les armes sont difficiles à extraire de leur cuir épais. Décapiter un orc est possible, entamer la moitié du cou d’un gangr’orc est un exploit qui n’en vient même pas immédiatement à bout.
Je perds mes alliés de vue, ils sont partout. J’ignore avec quelle force je parviens à repousser mes assaillants.
Bloquant du manche pour tailler sous le menton, le dégage un nouveau gangr’orc sur ma route, essayant péniblement d’avancer dans la direction où j’avais aperçu Céralynde. Nous aurions dû former des binômes afin de couvrir les arrières de l’autre bien avant. Et soudain je la vois.

En vérité, je vois subitement presque tous mes alliés et amis, élevés au-dessus de la bataille, empalés sur de longues lances. Le doute vient heurter ma volonté de plein fouet, je me stoppe. Les gangr’orcs ne semblent même plus me considérer comme une menace, ils s’écartent de moi tandis que je m’appuie sur mon arme, soudain fiévreux.
Puis un son de roulement me fait tourner la tête. A temps pour voir cette étoile de Fer colossale arriver sur moi. Et bien avant le choc, je sens une chaleur infernale qui brûle ma chair avant que celle-ci ne soit écrasée.




« -Debout ! Dans cinq minutes tu te bats ! »

Je crois que ces orcs adorent les coups de pied au visage.
Je ne faisais plus de cauchemars aussi intenses depuis longtemps. Mon retour au front a sans doute réveillé de vieux démons, néanmoins je suis rassuré de ne pas connaître l’issue des combats aux terres foudroyées.

Il fait plus chaud ici. Plus humide aussi. Je ne suis plus enchaîné et j’ai eu droit à une cellule plus grande que la précédente, avec des barreaux. Les morceaux d’une armure rouillée gisent près de moi et j’aperçois l’orc qui m’a frappé non pas du pied mais avec un bâton de fer, de l’autre côté des barreaux.

« - Si tes haillons te suffisent soit, mais c’est Gurtaz en personne qui va te tester. Prends l’armure si tu veux vivre un peu plus longtemps.
- C'est presque touchant… »


J’ignore si ces quelques pièces de métal me protégeront de quoi que ce soit ou si elles ne risqueront pas juste d’aggraver mon cas si un coup me les enfonçait dans la chair. Je choisis cependant de prendre tout ce qui ne risque pas d’entraver mes mouvements.
Quatre grunts arrivent après quelques minutes et l’on ouvre ma cellule. Ils m’encadrent tandis que nous traversons un long couloir dans lequel les orcs me laissent finalement avancer seul – il n’y a plus d’autre issue de toute manière.

Au bout de ce couloir, je vois déjà une lumière plus intense que celle des torches qui éclairent à peine les lieux. Un combat m’y attend, je n’ai pas à penser à autre chose. Echapper à ces orcs, savoir où ils m’ont emmené, rentrer chez moi… tout ça n’a plus sa place dans ma tête. La seule chose qui importe est maintenant de survivre en triomphant de mon ennemi, quel qu’il soit.

Les cris qui ont commencé à me parvenir près de la sortie sont plus puissants qu’ils en avaient l’air. Pourtant, cette arène est loin d’être remplie, sans doute les jeunes guerriers dont parlait le maître d’œuvre à Rochenoire. Je remarque brièvement que l’édifice a été bâti dans une jungle épaisse mais préfère me focaliser sur l’ennemi qui m’attendait.
Cet orc au crâne rasé ne m’aurait pas inquiété s’il était juste plus grand que la moyenne de sa race, après tout c’est aussi mon cas. En revanche, le lourd fléau qui lui a été greffé au niveau de l’avant-bras droit pourrait aisément arracher le mien. En contraste, sa main restante est refermée sur une lame courte et l’armure qu’il porte est vieille et pleine d’ouvertures.
Il est perturbant, je ne saurais dire si ce combat sera difficile ou non.

Un râtelier suspendu au bout d’une chaîne est descendu depuis les gradins à mon arrivée, chargé d’armes variées. Si je peux en plus choisir mes armes, la chance pourrait bien me sourire.
J’opte rapidement pour une épée dentelée que je destine à bloquer son fléau, les aspérités de la lame s’avérant parfaits pour bloquer les maillons de la chaîne. L’autre arme sera destinée à lui porter un coup fatal, je choisis une petite hache qui m’a l’air d’être la mieux aiguisée.
Le râtelier remonte, je viens faire face à mon adversaire qui m’observe avec un air moqueur.

« - Voilà enfin ma dernière acquisition. Si tu n’es pas trop faible je ne te tuerai pas. C’est juste un test pour vérifier la qualité de mon investissement.
- Et si je te tue ? »


L’orc éclate d’un rire gras.

« - T’as du cran, ou un humour du tonnerre. Mais pour te répondre, quand un esclave affronte son maître dans l’arène, c’est pour gagner sa liberté. Alors donne tout ce que tu as. »

Ça m’étonnerait que ce soit aussi simple. Mais s’il y a bien une chose qui fonctionne avec les orcs…

« - Une victoire pour ma liberté, tu y engages ton honneur ? »

Gurtaz fronce les sourcils, il ne s’attendait pas à cette question.

« - Tu es bien le premier esclave d’Azeroth à me parler d’honneur, je commençais à croire que cette notion vous était inconnue. Eh bien oui, j’y engage mon honneur. Engages-tu le tien à m’obéir si je l’emporte ? »

Il cherche à me coincer… Mais s’il y a une chance de me sortir de là aussi vite alors il faut la saisir. Les mots passent mes lèvres malgré la terrible impression de commettre une erreur.

« - Entendu. »

L’orc se fend d’un sourire et commence à faire tourner son fléau. C’est le moment de prendre l’initiative avant que cette lourde tête ne prenne trop de vitesse, le moment de charger. Il esquisse un revers horizontal de sa lame courte, un coup des plus basiques facilement esquivable en se baissant, l’occasion parfaite de feinter en faisant remonter brusquement ma lame dentelée. Il croit que celle-ci vise sa tête et recule d’un pas, mais elle était destinée depuis le départ à intercepter la chaîne de son fléau, qui s’enroule.
Sa lame courte va lui être utile maintenant que je suis dans son champ d’action, il faut donc la dévier de ma hache avant qu’il ne frappe. C’est chose faite, il recule encore. Je ne pourrai lui mettre cette pression que quelques secondes, le coup fatal doit s’y trouver.

Il continue de reculer. C'est ma chance !

Je raffermis la poigne sur ma lame dentelée pour éviter qu’elle ne m’échappe, et je réalise trop tard qu’il a volontairement laissé son fléau en avant pour son prochain mouvement. Déployant une force colossale, il tire mon arme en arrière mais il est hors de question que je la lâche. J’anticipe le prochain coup de sa lame mais soudain, son pied est sur la garde de mon épée.

C’est le moment de riposter de mon autre main avant qu’il ne mette son avantage à contribution, mais je remarque alors qu’il vient de saisir mon poignet, abandonnant sa lame courte. Son crâne m’écrase violemment le nez, je laisse la lame dentelée qui ne peut plus me servir et m’handicape, recule d’un premier pas à mon tour. Mais il tient toujours mon poignet.
Tout ce que je peux faire de ma main gauche est frapper du poing, qui rencontre sa mâchoire contre toute attente. Il grogne et me gratifie d’un brutal coup de pied en pleine poitrine, assez puissant pour plier l’acier de mon armure de fortune.

Je me retrouve à terre, et malgré la douleur au thorax je dois vite me relever. Pour voir le bon côté, il ne tient plus mon poignet et j’ai encore ma hache. Du moins, jusqu’à ce que d’un mouvement de fouet, Gurtaz ne me renvoie ma lame dentelée droit à la tête. Je tente de la dévier de mon arme restante mais toute la longueur de mon bras est lacérée en profondeur, me forçant à l’abandonner.
Il est déjà devant moi, tenant dans sa main l’étoile de son fléau, prêt à me la jeter dessus alors que je suis sans armes.

« - Pas trop mal, je devrais pouvoir t’apprendre une ou deux petites choses et tu deviendras bon. A moins que tu veuilles continuer jusqu’à la mort. »

Entre mes dents je marmonne qu’il est inutile de continuer.

« - Je n’ai pas bien entendu, répète-moi ça un peu plus fort »

Le regard que je lui rends déborde de haine, et je crois que c’est ce qu’il cherche. Faire de ma colère une arme. Il ne sera pas déçu car je le vaincrai et lui ferai regretter d’avoir piétiné ma fierté. D’ici là je dois survivre et prononcer ces mots qui m’écorchent la bouche.

« - Tu as gagné. »
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Asélryn

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MessageSujet: Re: Guerrier à vendre   Jeu 4 Déc - 18:24

La faim commence à se faire sentir. Ils cherchent à m’affaiblir, ils ont pu constater que je les trahirais à la moindre occasion.

J’ai été réveillé en pleine nuit, ainsi que les autres esclaves. On nous hurlait de se préparer à combattre, mais qui ? A nous de le découvrir.
Je me suis retrouvé à me tasser dans le couloir menant à l’arène avec de nombreux orcs, mais aussi des ogres, des draeneï et j’ai même cru apercevoir un worgen. Ce n’est qu’une fois dans l’arène que j’ai compris à qui nous avions affaire, et difficile de dire sur le moment s'il s'agissait d'une bonne ou mauvaise nouvelle.

Alors que Gurtaz nous ordonnait depuis les gradins d’abattre les intrus piégés dans l’arène, j’ai vu une chance de m’évader. Car nos ennemis arrivaient tout droit d’Azeroth, et il ne s’agissait pas de n’importe qui.
Très vite, j’ai décidé de les aider. Mais ce qui scella ma conviction fut clairement d’apercevoir des silhouettes familières. D’abord cette femme qui avait combattu à nos côtés dans les terres foudroyées, munie d’une armure qui me rappelait celle de Khassim. Puis Tym bondissant sur un orc en lui plantant ses poignards dans la gorge.

Je ne tardai pas à surprendre mon "camp" et attaquer les gladiateurs orcs mêlés aux esclaves mais aucun ne sembla enclin à faire de même. Je croyais que la liberté n’avait jamais été aussi proche lorsque les portes de l’arène s’ouvrirent soudain. Gurtaz les félicita d’avoir remporté le défi qu’il leur avait lancé et les autorisa à repartir.
J’étais prêt à sortir à leur suite lorsque des sifflements se mirent à retentir dans toute l’arène. Mes jambes se retrouvèrent solidement liées par des bolas lancées et je constatai après avoir mordu la poussière que de nombreux orcs avaient attendu ce moment pour immobiliser tous les esclaves.

Je maudissais cette chance qui m’était passée sous le nez mais j’étais loin d’être au bout de mes peines.
J’avais tenté d’initier une rébellion et ça n’avait pas échappé à Gurtaz, qui souhaita me voir immédiatement. Mais il commença par me demander la raison de mon geste.

Tout ce qui me vint à l’esprit à cet instant fut de lui répondre que j’avais vu une occasion d’éliminer de futurs rivaux que j’aurais croisés plus tard dans l’arène, contrairement aux envahisseurs. Et par chance, ma réponse sembla lui plaire.
Mais ils cessèrent de me nourrir.


Maintenant, nous sommes une dizaine, chargés dans un chariot équipé d’une base métallique pour nos liens. Parmi nous, trois orcs, trois draeneï, deux humains et un ogre, aucun n’a pipé mot depuis notre départ. Gurtaz est venu nous voir à ce moment et nous a annoncé qu’il allait nous préparer à devenir ses champions en Nagrand.
Nous sommes bien en Draenor, mais pas celle que je connais. Ce monde-là n’est pas une terre morte, j’ignore comment j’ai pu atterrir ici et comment je rentrerai. Mais s’ils ont pu nous attaquer depuis cet endroit, il doit y avoir un moyen de rallier Azeroth.
Mais plus important, je sais que j’ai des alliés sur Draenor et que je ne serai pas livré à moi-même une fois évadé. Du moins, s’ils n’ont pas été rattrapés par cette Horde brune.

Désormais ils nous transportent comme du bétail et même en se débarrassant de nos liens, s’échapper sur la route n’est pas envisageable avec les loups qu’ils chevauchent. Gurtaz dit vouloir nous entraîner, s’il m’apprend des choses je compte bien les retourner contre lui le moment venu. J’ai consenti à obéir à ses ordres, mais rien ne m’interdit de faire ce dont il ne parle pas. L’étrangler avec la chaîne de son fléau par exemple.

Je me penche légèrement vers le draeneï à ma droite, robuste comme tous les siens mais dépourvu de cette aura d’espoir que dégagent les plus forts qu’il m’ait été donné de connaître. Mais il fera certainement un bon premier allié pour organiser une évasion. Je m’assure d’adopter un ton assez bas pour ne pas être perçu par les chevaucheurs de loup proches.

« - Leur vigilance ne peut pas être infaillible, garde les yeux bien ouverts à notre arrivée. On devrait…
- J’ignore d’où tu viens mais les choses ne fonctionnent pas comme ça ici. Ils n’ont pas besoin d’être vigilants.
- Tu as déjà tenté de t’échapper ?
- Oui. Et quand ils voient deux esclaves parler ils ne tardent pas à considérer qu’ils établissent un lien.
- Et ? »


Il me décoche un regard sombre, plus que je n’aurais pu l’imaginer possible pour un draeneï.

« - Ils les font combattre à mort. »

Il se détourne. Je ne peux retenir un long soupir. Il faut admettre que c’est bien pensé. Mes projets ne changent pas ceci dit, à l’exception d’un détail.

Je ne compterai que sur moi-même.
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Asélryn

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MessageSujet: Re: Guerrier à vendre   Lun 8 Déc - 12:50

Première victoire.

Je traverse le couloir qui quitte l’arène pour rejoindre les quartiers des gladiateurs, car c’est comme ça qu’ils appellent les cellules un peu plus confortables auxquelles nous avons droit ici. Mais on ne fait qu’y dormir, la journée tous les gladiateurs qui ne combattent pas sont regroupés dans une grande cour.
Haletant, je me remets tout juste de mon premier combat officiel, les poignards de cet orc ont bien failli m’ouvrir la trachée. C’était un adversaire rapide et plein de ressources, je n’ai pas réussi à compter combien de lames cachées il a sorti durant le combat mais j’ai dû le désarmer au moins cinq fois. Une chance que j’aie pu mettre la main sur deux hachettes légères, avec une arme lourde je n’aurais sans doute pas pu gérer un tel adversaire.

Et ces combats allaient devenir mon quotidien. Je trouvais tout à coup Semelys bien clément avec son combat honorable par mois maintenant que je devais défendre ma vie sans doute chaque jour.
Arrivant dans la cour, je capte l’attention des nombreux gladiateurs, indépendants ou répondant à divers maîtres. Les regards sont brefs et ils retournent à leurs occupations tandis que je vais m’installer contre un mur proche. J’essuie le sang de ma première victime qui m’a giclé au visage et aperçois vite Gurtaz qui se dirige vers moi. J’ai une furieuse envie de jouer la revanche…

« - Tu ne m’as pas déçu. Ce n’était pas simple pour un premier combat.
- Tu essaies de te rendre sympathique orc ? Tu es celui qui me tiens enchaîné, il n’y a pas une seconde qui passe sans que j’y pense.
- C’est moi qui tiens tes chaînes oui, mais ça ne veut pas dire que je te veux du mal. Au contraire. »


Pour accompagner ces mots, il pose quelque chose enveloppé de tissu crasseux à côté de moi. Le dépliant, j’aperçois deux galettes qui ne paient pas de mine mais sont mon premier repas depuis deux, peut-être trois jours. Je lutte pour ne pas me ruer dessus.

« - Tu vas juste me faire combattre à mort avec le premier esclave auquel j’adresserai la parole.
- Un mal nécessaire, et crois-moi il y en a de moins tolérants que moi. Tout ce que j’espère, c’est que tu vivras aussi longtemps que possible. Pour cela tu dois t’améliorer et je vais travailler à te sculpter comme tous mes autres gladiateurs. Plus tu es fort, plus ma renommée est grande. Nos intérêts sont les mêmes, crois-le ou non mais ici, je suis ton seul et unique ami.
- Tu vas me rendre plus fort et risquer que je le devienne assez pour briser tes chaînes ?
- Cultiver la force est dangereux, mais comme je te l’ai dit la force de mes gladiateurs fait ma réputation. Et dans la Horde de Fer, on ne juge pas la valeur d’un orc sur les exploits d’un autre que lui. Pour être maître gladiateur, il faut être capable de faire rentrer dans le rang chacun de ses petits prodiges. Et il me semble que je t’ai déjà donné une chance de gagner ta liberté.
- Et c’est le genre d’occasion qui ne se présente pas souvent, c’est ça ? C’est précisément pour ça que tu testes toi-même tes nouvelles recrues. C’est écœurant.
- Ce qui sera écœurant c’est tes tripes répandues dans le sable de l’arène si tu ne fais pas mieux au prochain combat. Avale quelque chose, tu sembles sur le point de t’effondrer. »


Il s’éloigne, probablement conscient du regard brûlant sur sa nuque.

Attise ma colère Gurtaz, continue comme ça…
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Asélryn

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MessageSujet: Re: Guerrier à vendre   Mer 17 Déc - 11:53

« - Le petit elfe s’en sort pas mal. D’habitude avec Kharun ça dure pas longtemps.
- C’est sûr que contre Vul’gor il a pas fait long feu !
- AHAHAHAHAHA !!! »


Si seulement ces deux-là pouvaient la fermer de temps en temps. Contre un tel adversaire, je risque de me faire éventrer à la moindre inattention. Ce draeneï massif est un guerrier chevronné.
Ses frappes sont précises et il me surpasse en matière de force brute. Ce n’est pas le premier, j’ai affronté des ogres à deux reprises déjà, mais ce qui pose problème c’est que malgré la portée de cette hallebarde je n’ai toujours pas réussi à lui infliger la moindre blessure. Armé d’une lame dentelée et d’un large bouclier, c’est une véritable forteresse ambulante.
Il me laisse attaquer la plupart du temps et ses ripostes sont calculées au millimètre. Sa lame m’a effleuré l’arcade, y laissant une coupure bénigne, et contre toute attente mon armure m’a protégé d’un estoc à l’aine. Mais la déchirure qu’il m’a laissé à l’épaule droite rend mes manœuvres douloureuses, à ce rythme il aura ma peau.
Je revois le sourire vicieux de Gurtaz avant que j’entre dans l’arène. « Bonne chance, t’en auras besoin. »

Et toi donc…

Le draeneï prend enfin l’initiative. Voilà ce que j’attendais pour lui présenter une petite surprise de mon cru.
Il effectue un balayage du revers de son bouclier, je n’ai que peu de temps pour esquiver ce large assaut. Plantant dans le sable la lame à une extrémité de mon arme d’hast, je m’appuie dessus afin de me pencher suffisamment pour éviter le coup sans quitter ma position.
Sa lame tombe sur moi, je n’ai pas le temps de me redresser alors j’incline la hallebarde qui soutient mon poids pour dévier le coup. Je rétablis mes appuis tandis que son épée manque de peu mes doigts sur la manche de ma vouge. Il est vulnérable mais avant que je puisse retirer mon arme du sol, sa garde impénétrable sera de nouveau en place.

Il faut innover.
Libérant une main, j’attrape les tentacules qui tombent sous son visage pour l’attirer vers moi, gratifiant son nez d’un bon coup de tête. Il grogne, sa garde est encore ouverte mais ça ne durera pas.
Je lève un pied contre son buste pour le repousser et l’empêcher de consolider ses appuis, mais hors de question de le laisser ramener ce maudit bouclier devant lui. La lame que j’avais gardée plantée au sol vient à sa rencontre afin de tenir sa garde ouverte. Le sable soulevé au passage file comme prévu vers ses yeux. L’heure est venue de lui faire perdre l’équilibre.

Il riposte à l’aveuglette de son épée pour me chasser de son champ de frappe, mais je n’ai plus rien à y faire. Légèrement en retrait, je fais tournoyer et passer mon arme sous mon bras gauche avant de la faire filer entre ses jambes. Sa garde est restée ouverte bien trop longtemps, il ramène son bouclier devant lui précipitamment. Voilà précisément ce que j’attendais : qu’il néglige ses appuis. Car une lame de ma hallebarde est plantée au sol entre ces derniers.
Le fauchant derrière le genou de mon arme, je n’espère pas percer son armure mais bien lui faire un croc-en-jambe. Me ruant aussitôt contre son bouclier, j’achève de lui faire perdre l’équilibre et lourdement chuter sur le dos. Je déteste l’admettre mais Gurtaz m’a appris quelques bottes redoutables.

Nouvelle situation, nouvelles priorités. Tenant mon arme d’une main, j’agrippe son bouclier de l’autre et envoie une lame lacérer son avant-bras.

« - Ooooooh !! Il a fait tomber Kharun ! »

Si seulement ils la mettaient en veilleuse…
J’ignore si mon adversaire leur doit vraiment quelque chose mais je n’avais pas vu venir le sabot qui me brise plusieurs côtes en m’éjectant en arrière. Etourdi par la clameur dans les gradins, je peine à retrouver mon souffle entre deux pulsations douloureuses qui irradient mon torse. J’aperçois vite le draeneï qui me surplombe.

« - Tu souhaites abandonner ?
- Cours toujours…
- Debout alors ! »


Me ressaisissant, je me redresse et siffle entre mes dents en remarquant que ma hallebarde m’a échappé. Voilà probablement pourquoi le draeneï m’a proposé de déclarer forfait.
Cependant, je m’aperçois que j’ai embarqué son bouclier avec moi. La première blessure sérieuse infligée à mon ennemi a sectionné les lanières et le rend difficilement utilisable mais je n’ai pas vraiment le choix. De forme plus ou moins triangulaire, il est cependant de bien meilleure qualité que mes quelques pièces d’armure rouillée.

J’enroule les lanières coupées autour de ma main gauche, que je referme dessus. Il ne pourra pas me protéger jusqu’au coude mais j’aurai au moins une prise ferme dessus.
Kharun m’observe, droit, son bras armé tendu en diagonale vers le sol à sa droite. Il attend mon assaut… ou peut-être que je sois prêt.

Et il fond enfin sur moi. La situation ne joue clairement pas en ma faveur mais j’ai au moins neutralisé sa défense infernale. Il ne me reste plus qu’à espérer que c’était sa spécialité, car se battre avec un bouclier pour seule arme n’est clairement pas la mienne.

Une frappe oblique remonte vers mon buste, j’y oppose le bouclier. La lame glisse contre l’acier, remonte vers l’extérieur de ma garde et mon coude exposé. D’un revers vif, j’écarte son épée avant qu’elle n’atteigne ce point faible.
Je n’ai rien à perdre avec ma main libre et mon direct du droit mène souvent à un résultat satisfaisant. Mais malgré son bras ensanglanté, il utilise la sienne pour attraper mon poing, le bloquant aussi sec.

Ça s’envenime.

Je fais un brusque écart sur la droite, mais pas aussi vif que son revers de lame dentelée qui me laisse une nouvelle déchirure à l’autre épaule, la gauche.

Ignore la douleur, au moins un instant.

Sa garde est ouverte après un tel coup, ma riposte se fera au tranchant de mon bouclier, droit vers son visage.

Il recule, s’il évite ce coup je ne pourrai pas parer sa riposte.

Je bondis sur mon adversaire, tirant mon poing retenu par sa poigne afin de donner plus de force à ma propulsion, prolonge mon coup.

Touché.

Il me lâche enfin mais je dois mettre fin à ce combat dans les secondes qui suivent. Mes pieds retrouvent le sol, je suis dans son champ d’action, il faut encore le surprendre. Je me courbe tandis que ma main libérée saisit sa cheville afin de le faire tomber à nouveau.
Et cette fois je garde ses sabots à l’œil.

Mon bouclier bloque sa lame, mon pied bloque son avant-bras contre le sol de l’arène. C’est le moment d’en finir.
Relâchant les lanières du bouclier, je le saisis à deux mains pour l’abattre de toutes mes forces sur la tête du draeneï. Deux fois, trois, quatre, cinq…

« - AHAHAHAHA !!! C’est la meilleure manière d’utiliser un bouclier que j’aie vue depuis un bout d’temps ! »

Leurs rires idiots me ramènent peu à peu à la réalité, l’adrénaline retombe. Je remarque que Kharun a lâché sa lame et perdu connaissance. Le premier coup porté du tranchant lui a laissé une large coupure en travers du visage mais il n’est pas mort.
Il m’a offert le choix de continuer le combat, je lui laisserai la vie sauve.

Après tout, les guerriers honorables ne sont pas légion dans cette arène.
M’écartant de mon adversaire, je fais quelques pas en arrière. Les protestations fusent dans les gradins, ils n’attendaient pas une victoire, ils attendaient du sang. Dommage pour eux.

« - Si tu ne tues pas ton adversaire ta victoire sera pas prise en compte petit elfe ! »

Je tourne un regard torve vers l’ogre commentateur.

« - Tout le monde l’oubliera quand j’en aurai remporté dix autres !
- Oho ! Petit elfe se prend déjà pour un vrai gladiateur, on verra bien combien de temps tu tiens. »


Des déchets de nourriture commencent à pleuvoir dans la fosse, que je quitte sans plus tarder. La douleur me rattrape lentement et comme je m’en doutais, Gurtaz m’attend à l’entrée des quartiers des gladiateurs.

« - Tu t’y es attaché ? »

Suivant son regard, je m’aperçois que le bouclier est toujours dans ma main crispée.

« - Ils ne prennent pas ma victoire en compte alors je garde un trophée.
- Tu sais te battre avec ça ou tu espères d’autres coups de chance ?
- Je parie que tu peux m’apprendre. »


Il rit.

« - Passe voir le chaman et retrouve-moi dans la grande cour. C’est une brute impitoyable que j’élève, pas un morceau de viande charcutée ! »
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Asélryn

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MessageSujet: Re: Guerrier à vendre   Sam 20 Déc - 14:45

C’est l’heure.

Le jour devrait se lever d’ici une heure, peut-être deux. C’est le meilleur moment pour agir, j’aurais aimé un peu plus de temps pour préparer mon plan mais le temps n’est pas un luxe auquel j’aurai droit ici.
Je m’approche des barreaux de la petite cellule dans laquelle je suis sensé dormir. Gurtaz fait cette faveur à ses gladiateurs, j’ai vu d’autres esclaves dormir à plus de dix dans le même espace restreint. Au moins je ne m’encombrerai pas de qui que ce soit.
Atteignant l’angle de ma cellule, là où les barreaux laissent place à un mur, je passe mon bras à l’extérieur et l’étends autant que je peux.

Pourvu qu’ils ne l’aient pas vu.

Peut-être qu’inconsciemment c’est pour cette raison que je l’ai gardé en main. Le bouclier de ce draeneï, Kharun, est fait d’un métal que je ne connais pas. Mais ce dont je me suis vite rendu compte c’est que ce matériau ne reflète pas la lumière, il l’absorbe littéralement.
J’espérais alors qu’il passerait inaperçu tant qu’il n’était pas laissé trop en évidence. Et j’ai peut-être surestimé la longueur de mon bras…

Mes doigts se referment enfin sur l’acier glacé, parfait.
Ramenant le bouclier, je le fais passer entre les barreaux et me dirige prestement vers la porte de ma cellule. Faisant passer mon outil une nouvelle fois à l’extérieur, je cherche à tâtons la serrure que je devrai faire sauter d’un seul coup si je ne veux pas réveiller tout le monde. Cette forme triangulaire est parfaite pour ce travail.

Souffle, inspire… frappe !

C’est beaucoup trop bruyant à mon goût mais au moins la serrure était assez vieille pour céder sans histoires. Je ramène vite le bouclier dans ma cellule et prends quelques secondes pour écouter.
Rien ne fait écho aux prémices de ma liberté. Les choses se présentent bien pour l’instant. Je traverse la cour en direction de la petite tour de garde en bois où un ogre surveille les esclaves durant la journée. Passant la lanière rafistolée de mon bouclier à l’épaule, j’escalade l’édifice primitif, m’arrêtant par moments pour tendre l’oreille.
La chance est avec moi.

Arrivé en haut, une nouvelle serrure m’attend sur la porte menant aux entrailles de l’arène. Si j’avais pu éviter ça je l’aurais fait mais il n’y a qu’une issue. Après un coup sec, le verrou cède et je ne perds pas de temps pour m’engouffrer dans le large couloir qui file droit.
Plusieurs portes sur mon passage, mais je continue devant moi en faisant mes pas silencieux au possible. J’espère sentir ou entendre un courant d’air qui m’indique une sortie proche. En suivant ce couloir, j’aperçois finalement une sortie tout au bout et ne perds pas de temps pour l’atteindre.

Me voilà dans les gradins. J’ai peut-être quitté les quartiers des gladiateurs mais il n’y a aucune sortie ici. L’arène m’avait semblé plus grande lorsque je me trouvais en son centre.
En rebroussant chemin quelque chose attire mon attention, quelque chose que j’avais raté à mon premier passage et qui reflète la lumière lunaire venue de l’extérieur. Difficile d’en être sûr avant de m’être penché dessus pour gratter, sentir…
C’est bien du sang.

En y pensant, je ne sais pas ce qu’il advient de ceux qui meurent dans l’arène. Mais leurs corps sont sans aucun doute emmenés à l’extérieur, cette piste est mince mais je n’en ai pas d’autre. Je ne vais pas risquer de tomber sur une patrouille matinale.
En suivant les traces, j’ouvre une des portes que j’avais dépassées et l’odeur du sang m’agresse aussitôt à la gorge. Faiblement éclairée par des torches, cette pièce est une véritable boucherie. Suspendus à des crochets en fer, des corps gisent éviscérés et finissent de se vider de leur sang. En-dessous d’eux, de larges cuves récupèrent les liquides écarlates de ces guerriers tombés dans l’arène au cours de la journée.

Qu’est-ce que ces fous furieux essaient de faire ?

Alors que je cherche une sortie du regard, mon propre sang se fige dans mes veines.
Des pas dans le couloir. Et une voix que je ne connais que trop bien. S’il y a une personne que j’espérais ne pas croiser, c’est bien Gurtaz.
J’ai peu de temps. Malgré cette odeur de mort, je choisis un des conteneurs de sang pour me cacher en espérant qu’il ne se dirige pas vers cette pièce. Mon optimisme me surprend parfois… je m’étais même étonné à espérer qu’il soit seul.

« - Ceux-là ont fini de se vider, ces réservoirs complèteront le prochain convoi.
- On ne devrait pas en récolter encore ? Il y aura beaucoup de combats aujourd’hui. »


Je reconnais l’orc qui parle avec Gurtaz, il travaille pour lui. C’était d’ailleurs la première personne à laquelle j’avais eu affaire en me réveillant dans ce monde, à grands coups de bâton.

« - Rez’Kahr a épuisé les dernières cargaisons de sang qu’on lui a envoyées, il lui en faut d’urgence. Peu importe si on rate l’occasion de vider d’autres corps, le Festival Sanglant aura bientôt lieu et on en aura bien plus que ce qu’il nous faut.
- A ce propos, en ce qui concerne le pot-de-vin des gardes de Cognefort…
- Ce n’est pas encore fait ?
- On ne peut pas faire confiance à un ogre. Ils sont du genre à se laisser soudoyer pour finalement nous trahir.
- Hmm, c’est vrai… Les droguer est peut-être une meilleure solution pour récupérer les corps, on pourrait alors les faire passer en-dessous de l’arène.
- Si on y place déjà les cuves on récoltera même du sang pendant les combats. Il reste à choisir des gladiateurs à envoyer là-bas. »


Je n’entends pas de réponse de la part de Gurtaz. Pourquoi est-ce que j’ai un mauvais pressentiment ?

« - Je crois que je viens d’en trouver un. »

Un terrible pressentiment…

« - C’est indigne d’un guerrier de se cacher dans l’obscurité, ne me force pas à venir te chercher ! »

Ça pourrait difficilement être pire. Je me suis sans doute amélioré depuis mon premier duel avec Gurtaz, mais son larbin posera problème si je décide d’attaquer. Mais ce n’est pas comme si j’avais le choix.
Je ne perds rien à tenter quelque chose.
Saisissant la base du conteneur qui sert à me dissimuler, je force pour le soulever et renverser son contenu. C’est lourd mais il ne me faudra que quelques secondes pour…

Ce cliquetis est beaucoup trop familier. Dans le temps il était rassurant mais pas aujourd’hui, cette fois l’arme à feu n’est pas entre mes mains. L’orc de main de Gurtaz n’a pas tardé à contourner ma cachette sans un bruit et le canon de son fusil est maintenant pointé sur ma tête.

« - Lâche ça… doucement. »

Je crois que maintenant ça ne peut plus empirer. Je lâche la cuve et lève les mains en me redressant. Il m’amène devant Gurtaz qui garde la même moue amusée que d’habitude, celle qui me donne envie de lui briser la mâchoire.

« - Ça pour une surprise… Tu t’es perdu ? »

Inutile de répondre.

« - Tu tombes très bien en fait, j’avais justement besoin d’un guerrier compétent. Il te reste quelques combats ici mais rien qui ne devrait te poser problème. Tu vas bientôt aller à Cognefort, l’arène des plus grands champions, afin de me représenter.
- Où est le piège ?
- Seuls les meilleurs vont à Cognefort. Si tu n’en fais pas partie… on le saura vite. Allez, donne-moi ce bouclier et tiens-toi bien si tu veux qu’on te laisse une arme pour ton prochain combat. »


Sans un mot je laisse tomber ma seule arme à terre sur une invective de l’orc qui me tient en joue. Une nouvelle défaite m’accable et je sais que ce n’est plus qu’une question de temps avant d’en connaître une sur le sable de l’arène. La dernière…

Ma chance a tourné.
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