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 Esprit à la dérive

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Abermalt

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Feuille de personnage
Âge: Cinquantaine

MessageSujet: Esprit à la dérive   Mer 8 Juil - 13:57

Institut Ebonlocke, durant l'assaut démoniaque.

Comme tous les autres membres présents au moment de l'attaque -ou presque- Tym s'était défendu férocement contre les ennemis de l'Institut. Mais lorsque l'un des démonistes l'avait pris pour cible, en tentant de lui arracher son âme, la bataille avait du se jouer sur deux plans pour le worgen. Et si sur le plan physique il se débrouillait encore bien, sur le plan mental c'était une toute autre histoire.

"_On chope ce sorcier, maintenant ! grondait Tam qui plus que les autres n'aimait pas les démonistes et leur magie.
_Charmante idée, en passant au travers des démons et des lames juste devant nous je suppose ? rétorqua le Connaisseur, un peu plus conscient de la situation.
_Tu préfères attendre que tout soit parti en vrille peut-être ?!"

En introspection, le drain d'âme faisait l'effet d'un siphon tourbillonnant qui tirait les différentes personnalités de Tym vers un on-ne-sait-trop-où aussi mauve qu'inquiétant.

"Ça commence à devenir urgent, oui, déclara Tym. A la première occasion, on passe dans les Ombres."

Mais la nécessité de disparaitre se présenta plus vite que l'opportunité lorsque les résidents sous le crâne du worgen commencèrent à perdre pied pour s'envoler les uns à la suite des autres. Tym, en tête de file, arriva dangereusement proche du tourbillon luminescent quand un lasso coula autour de sa taille et ralentit son envol.
A l'autre bout de la corde, le gilnéen pouvait voir l'Explorateur qui s'efforçait de le ramener en arrière alors que lui-même glissait sur les parois du dédale. Le Dément passa devant lui en caquetant qu'il irait tuer ce qui se trouvait de l'autre côté de ce tourbillon de magie mauve, puis ce fut au tour de la Guigne de passer, emporté avec l'indolence qu'on lui connaissait. Tous deux furent cependant stoppés dans leur élan par la levée d'un mur d'aspect sombre et austère, dont les briques commençaient déjà à se déchausser sous la pression du siphon de magie noire.

"C'est futile, je ne tiendrais pas longtemps si vous n'y mettez pas un peu du vôtre !" se plaignit le Connaisseur qui peinait à maintenir le rempart littéral de volonté.

Le drain d'âme allait en s'intensifiant, démantelant le mur en son centre et faisant grincer la corde. Et alors que la Guigne et le Dément étaient encore retenus par les briques, Tym franchissait peu à peu le rempart qui se désagrégeait, malgré ses efforts pour "nager" à contre courant du sortilège qui siphonnait son esprit.

"Ça suffit ! On s'arrache maintenant !"

Sous l'impulsion de Tam, le worgen disparut dans les Ombres. Les ténèbres obscurcirent sa vision en même temps que le drain était rompu. Les alter égo du jeune homme chutèrent au sol, faisant le point sur l'état de son esprit tout comme le worgen faisait le point sur ce qui l'entourait à la sortie du royaume sombre.

Au bout de la corde, plus rien. Puis les ténèbres à nouveau, pas celles familières des Ombres pourtant.

***

L'archidruide kaldoreï Merlegris, chargé du cas de Tym depuis l'arrivée de celui-ci à Reflet-de-Lune, avait mis au point ce qu'il pensait être une solution pour assurer une certaine stabilité dans l'esprit du worgen. Mais étant donné le cas de personnalité multiple sans vraiment de précédent que le gilnéen représentait, il avait fait appel à plusieurs disciples résidant en la demeure des druides pour l'assister dans sa tâche.

Dans la chambre où le worgen avait été placé, il les regarda arriver, récitant leurs noms pour être certain de les attacher aux bonnes personnes. Mais au vu du groupe hétéroclite qui se présenta, il avait peu de chance de faire une mauvaise association : Une elfe, une worgen, un tauren et un troll accédèrent l'un après l'autre à l'étage.

"_Coriandre Feustellaire, Raven Roth, Borg Roche-Victoire et...Yo... Tsebba ?
_En un seul mot, en fait. Yo'tsebba.
_...Yotsebba ? Désolé, je ne suis pas encore vraiment habitué aux noms trolls.
_C'est pas grave, mec... Vous aviez un cas spécial à nous montrer ?
_En effet, reprit l'archidruide. Le worgen que vous voyez alité souffre de ce que j'appellerais un esprit morcelé : signifiant qu'il est divisé en différents êtres possédant chacun ses propres désirs et motivations. Et pour ne rien arranger, il a récemment perdu une partie de son âme -ainsi que son ombre dans le processus- laissant son esprit en proie à un conflit entre les différents 'morceaux' restants."

Le vieil elfe fit silence, laissant aux élèves le temps d'assimiler les informations.

"_Vous voudriez que nous amenions ces fragments d'esprit à ne faire qu'un ? demanda le tauren, soucieux.
_Ou que nous partions à la recherche du fragment manquant ainsi que de l'ombre, dit la worgen qui semblait déjà lassée par cette perspective.
_Ce qui constituerait notre première expédition, fit noter l'elfe sur un ton plus enthousiaste.
_Génial mec, ça nous changera des pots de plantes bouffe-tout qu'ils ont commencés à nous ramener.
_A dire vrai... J'ai besoin de votre aide pour maintenir cet esprit à flot. Sa condition de worgen n'arrange en rien la situation et il est plus que vraisemblable que les instincts de la bête tentent de reprendre le dessus.
_Quoi ? Mais il a bu la potion ? Suivi le rituel ? Cela ne pèse pas dans la balance ? s'enquit Raven
_J'imagine que cela fait son effet, mais si sa volonté a été réduite par le sortilège, alors il se peut que cela ne suffise plus."

***

"_Je vous ai déjà déchirés comme de vulgaires bouts de chiffon, nuisibles... Et je le ferais chaque fois que vous reviendrez !
_En es-tu certain l'animal ? Tu n'es plus aussi puissant qu'avant, et cette fois tu es seul."

Le Connaisseur, ou Hans, s'efforçait de garder son calme, composante essentielle de sa capacité à dresser dans l'esprit du gilnéen des murs de froide logique, murs maintenant destinés à retenir l'avancée du grand loup noir aux yeux enflammés qui se jetait sur lui. Mais les remparts explosèrent les uns après les autres dans un déluge de briques, à mesure que Tam se ruait en avant, grondant et rugissant. Une pluie de coutelas affûtés tomba alors sur le loup, chaque lame portant dans son reflet la scène d'un meurtre commis par le gilnéen ou imaginé par le Dément et laissant entendre dans son sillage le cri d'agonie qui l'accompagnait. L'être au rire hystérique, aussi appelé Tommy, ne tarda pas à tomber à son tour à l'endroit d'où avait bondi Tam pour échapper au déluge tranchant et le combat s'engagea aussitôt entre le Fou et la Bête. Crocs et griffes de sauvagerie bestiale contre lames de pulsions sanglantes.

"_Tu n'envisages pas d'être d'une quelconque utilité, je présume ? demanda Hans, rivant son regard désapprobateur sur Marvin, dit la Guigne, qui restait en retrait.
_Tu as dis toi-même qu'il n'y aurait pas assez de nous quatre pour le vaincre, de quelle utilité veux tu que je sois ?
_Tu pourrais au moins nous aider à lui acheter du temps !
_Tu lui as demandé d'aller à l'Oubli, tu penses vraiment qu'il en reviendra ?
_Je n'ai en tout cas jamais autant souhaité qu'il réussisse quelque chose dans sa misérable existence.
_Ça ce n'est pas difficile. Tu n'as jamais souhaité qu'aucun de nous réussisse quoique ce soit dans notre misérable existence..."

Le Connaisseur inspira longuement. Calme, concentration et surtout patience. L'Explorateur était un éternel optimiste, se sentant capable de réussir tout ce qu'il entreprenait. Ce genre d'état d'esprit pouvait faire des miracles, en particulier dans le microcosme de l'esprit humain.

Et justement, l'Explorateur -baptisé Allan- arrivait à la peu reluisante porte de l'Oubli, qu'il franchit pour atteindre le gouffre du même nom. Le Gouffre de l'Oubli s'étendait à perte de vue, mais surtout plongeait dans des profondeurs infinies, formant un lent tourbillon de matière grise en déperdition.

"Avec autant de charme et de couleurs que je l'avais laissé." déclara l'Explorateur sans réellement sembler ironique.

Apprêtant ses cordages, il s'arrima à la poignée de porte avant de se laisser glisser en contrebas et de s'adresser à la corde qu'il faisait filer entre ses doigts :

"On dirait bien que tu es notre dernier espoir, j'espère bien que tu ne cèderas pas."

Et sur ces mots, il se laissa tomber dans l'amas tourbillonnant qu'était l'Oubli. Là il nagea à travers les détails insignifiants et les heures perdues, allégories ternes et embrumées qui retrouvaient parfois un peu d'éclat lorsqu'Allan les observait de plus près, provoquant leur retour à son bon souvenir. Parfois il s'empêtrait dans des fils de pensées ou de conversation perdus et devait en chasser les filaments de paroles décousues. D'autres fois, en grand curieux, il se laissait distraire par un mot ou un visage qui, se le jurait-il, allait lui revenir. Mais son errance arriva à son terme lorsqu'il reconnut dans cette marée conceptuelle une enfant à l'aspect terne, inerte et recroquevillée sur elle-même. Sa robe bleue et ses cheveux blonds noués en couettes retrouvaient de leurs couleurs à mesure qu'Allan approchait, jusqu'à ce qu'il puisse d'un bras la blottir contre lui.

"Mademoiselle, il est temps pour vous de briller à nouveau, déclara l'Explorateur en se hissant vers les hauteurs. Espérons qu'il ne soit pas trop tard pour les autres."

Les autres tenaient vaille que vaille face à la fureur du Loup. Marvin, qui sous ses airs amorphes avait encore un certain intérêt à rester entier dans cet esprit, avait fait tomber avec lui la bête dans son propre gouffre de désespoir, là où cauchemars et idées noires se mêlaient pour couper à ses visiteurs l'envie de vivre. Tam, qui incarnait par essence l'instinct de préservation autant que la férocité, n'avait pas été plus convaincu que les autres fois de la nécessité de mourir et avait fini par se tirer du domaine du dépressif. Il se trouvait maintenant à nouveau confronté aux remparts de volonté de Hans qu'il abattait un par un, charge après charge.

"Imbéciles ! Plus vous vous obstinez, plus ma colère est grande !"

Sous-entendant que parce qu'il était Colère, il grandissait lui aussi, le Loup avait effectivement pris de l'ampleur durant l'affrontement. Il emplissait maintenant l'espace de la grande tour qu'était l'esprit de Tym à tel point qu'elle tremblait au moindre de ses mouvements.

Mais des sommets insondables surgit une lueur qui attira le regard de tous les présents. Un flot de couleurs jaillit alors et s'abattit sur le lieu du combat en emportant le loup au loin, chassant même la Guigne et le Dément qui se dissimulèrent pour ne revenir que plus tard. Puis une petite fille tomba à son tour en lançant des vivats, avant de se réceptionner dans une pose joyeuse tandis que l'arc en ciel défilait autour d'elle et envahissait l'espace.


"_Je n'ai jamais été aussi heureux de la revoir, déclara le Connaisseur, visiblement rassuré.
_Tu n'as jamais été heureux de nous voir, de toute façon... rappela Marvin, finalement reparu avec Tommy.
_Et devinez qui est de retour ? lança l'Explorateur qui pour sa part revenait par une des nombreuses portes disséminées dans la tour, son mode de transport favori dans l'esprit.
_Je suis de retour ! s'exclama l'Innocente alors que l'arc-en-ciel dans son dos disparaissait. J'espère que vous m'avez gardé ma place ! Il faut remettre de la couleur ici ! Et des jolies choses !"

Sous les regards plus ou moins circonspects de ses camarades, la petite s'engagea dans les escaliers et ouvrit les portes sur son passage, provoquant l'échappée de figures de niaiseries particulièrement sucrées. Qui d'un essaim de gros bonbons ronds, qui d'une volée d'étoiles épaisses, d'animaux en peluches et autres joyeusetés colorées qui s'éparpillaient en tout sens. Tam, qui était remonté à l'assaut sitôt l'arc-en-ciel dissipé, dut lutter pour avancer au travers de l'avalanche de mièvrerie qui lui tombait dessus mais s'en tira avec entre ses crocs un tournesol en peluche qu'il entreprit de déchiqueter rageusement.

"Remballe tes fleurs ! Remballe ton bonheur !"

Se dressant de toute sa hauteur formidable, l'énorme loup poussa un hurlement à glacer le sang, provoquant la fuite de la petite fille qui courut se réfugier derrière une des portes en hurlant au Grand Méchant Loup.

"_Allez ! Allez ! Plus gros on le tue plus de sang y aura ! s'égosillait le Dément sautillant.
_A moins d'un plan B, je décrète que c'est sans espoir, dit la Guigne avec un soupir.
_C'était le plan B... annonça le Connaisseur totalement désabusé.
_Une chance qu'il reste autant de lettres dans l'alphabet, alors !" s'exclama Allan avec enthousiasme.

Hans inspira longuement. Calme et concentration...


***

"_Il remue encore, constata Borg alors qu'il portait le worgen sur son épaule. Tu es certain de l'avoir suffisamment encensé ?
_Écoute mec, si j'y étais allé plus fort c'est deux poids morts que t'aurais sur le dos, parce que moi aussi je serais en train de pioncer.
_Pose le là." dit Raven en montrant au tauren le cercle de six petites pierres creusées de motifs mystiques et serties de gemmes luisantes.

Il avait fallu en chasser poliment une mage curieuse, mais le lieu du rituel avait vu la fin de ses préparatifs : Des attrape-rêve avaient été disposés contre chacune des pierres de pouvoir, un autre encens avait brûlé au point de couvrir le lieu d'une brume odorante et les motifs mystiques avaient été tracés dans la terre meuble. Le rite de la Dérive d’Émeraude était prêt à être exécuté : Il s'agissait d'un rite ancien, datant de l'époque où les druides sous l'enseignement de Cénarius avançaient encore à tâtons dans la découverte des différentes voies qui s'offraient à eux. Le but en était de laisser son esprit glisser dans le Rêve où il dériverait, attiré vers l'aspect de la Nature lui correspondant le mieux. Le tout bien sûr sous la supervision d'un maître.

Détourné pour être adapté au cas du worgen aux personnalités multiples, le rituel devait séparer les différentes parts de son esprit en conflit et les empêcher de s'entredéchirer comme elles étaient visiblement en train de le faire. C'était la raison pour laquelle il avait fallu six pierres et non une seule comme cela se faisait normalement.

Tym fut placé au centre du cercle alors que l'archidruide donnait ses dernières instructions :

"_Chacun de vous aura la charge de l'un de ses fragments d'esprit. Vous devrez le guider et l'accompagner afin qu'il ne se perde pas dans ses visions. Votre voyage dans le Rêve sera d'une durée pour le moment indéterminée, c'est pourquoi je viendrais moi-même régulièrement vous visiter, et m'assurer que tout va bien. Avant de commencer, avez vous des questions ?
_Euh ouais, mec. Si on est que quatre et que y a six pierres, est-ce que ça pose pas un problème ?
_L'une des pierres est pour le fragment d'âme perdue, dans l'éventualité où un passage dans le Rêve puisse le purifier et apaiser les troubles qu'il aura subi. L'autre est pour la bête qui en principe n'aura pas besoin d'être guidée.
_Vous voulez que nous laissions la bête vagabonder librement dans le Rêve ? s'enquit le tauren.
_C'est un loup, rétorqua la worgen avec une pointe d'agacement dans la voix. Vers quel aspect de la Nature tu penses qu'il sera attiré ?
_Comme le dit Raven, il s'agit d'un loup. Nous le retrouverons facilement parmi les meutes de Goldrinn lorsque tout sera terminé.
_Facile à trouver ne veut pas dire facile à ramener, dit tout de même Borg. Mais soit, il y aura bien assez à faire des quatre fragments restants.
_Bien, je vais commencer en ouvrant son esprit au Rêve, puis j'en lancerais l'appel afin de l'y attirer... Surveillez que tout se passe bien, puis vous pourrez entrer vous mêmes en transe."

Après avoir reçu le hochement de tête de chacun de ses disciples, Merlegris entama les incantations qui firent réagir les pierres de pouvoir et les attrape-rêve, les illuminant les uns après les autres d'une douce lueur verte. Puis des filaments de cette lumière s'étirèrent en direction de la tête du worgen étendu au sol. Lentement, les ponts se formèrent entre son esprit et le Rêve. D'abord un, puis deux, trois, quatre, cinq et...

"_Six ? Il ne lui restait pas cinq 'fragments' ? questionna la worgen.
_Ha mec, ils sont combien là dedans ?
_Hmm... Shan'do, si nous avons pu en négliger un, vous ne pensez pas qu'il pourrait y en avoir d'autres qui resteront coincés ici ? demanda Coriandre
_C'est une éventualité, malheureusement. Je vais faire passer le message à Reflet de Lune que nous aurons besoins de quelques pierres et attrape-rêve de plus. Ainsi que d'une surveillance pour nous-mêmes. Entamez votre propre voyage, je vous rejoindrais dès que possible." dit l'archidruide alors qu'il se changeait déjà en corbeau pour prendre son envol en direction de la ville.

***

Le Loup faisait face à ses proies, balayant leurs assauts futiles, approchant toujours plus de la destruction de ceux qu'il considérait comme parasites. L'Explorateur, le Connaisseur et le Dément opposaient une résistance acharnée, et même la Guigne et l'Innocente y allaient de leur participation, mais reprendre le dessus semblait bien hors de question.

C'est alors que l'une après l'autre des portes s'ouvrirent dans la tour, chacune laissant échapper une vive lueur émeraude. D'abord interloqué par le phénomène, les résidents de l'esprit de Tym faillirent en revenir à leur combat, mais un hurlement de loup se fit entendre de l'autre côté de l'une des portes. Tam riva son regard en direction de ce qui résonnait pour lui comme un appel, puis reporta son attention sur ses proies. Ses yeux rouges dardèrent sur eux des flammes et il montra les crocs, mais il se détourna finalement et s'élança ventre à terre, franchissant la porte en hurlant une réponse avant de laisser les autres dans le silence, ou presque.

"_J'entends les oiseaux qui chantent par là, dit l'Innocente alors qu'elle trottinait vers l'une des portes, les yeux brillants. Je vois des papillons et des fleurs ! La forêt partout !
_Serait-ce le souffle du vent que j'entends là-bas ? Un vent fort et indomptable ! Et regardez moi ce formidable paysage. Je n'avais jamais rien vu de tel !
_Y a... Rien. Comme le vide de la Mort par ici...
_L'odeur du sang ! Les craquements des os !
_Attendez, vous n'allez pas entrer là-ded... Sortir d'ici ?! Qu'est-ce que vous faites bon sang ?! Voulez vous bien cesser d'être les imbéciles insouciants que vous êtes et revenir ici immédiatement ?!"

Mais Hans avait beau tempêter sur ses camarades, ces derniers franchirent les uns après les autres les portes qui claquèrent derrière eux, n'en laissant plus qu'une qui faisait face au savant. Ce dernier la jaugea un long moment, l'air d'en mesurer la tentation et prêta bien malgré lui l'oreille aux sons qui en sortaient : une forêt. Ou peut-être une jungle, au vu des cris d'oiseaux exotiques. Rien de foncièrement intéressant pour lui, contrairement au coup de foudre qu'avaient eu l'air de vivre les autres idiots. Mais si cette porte s'était ouverte il allait au moins falloir s'approcher pour la refermer. Et puis jeter un œil, tant qu'à y être.

Vous savez, par acquis de conscience.

En un rien de temps le Connaisseur se retrouva de l'autre côté du seuil et la porte claqua derrière lui, provoquant un soupir désabusé.
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Abermalt

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MessageSujet: Re: Esprit à la dérive   Ven 31 Juil - 12:09

Immergé dans le Rêve, Yo'tsebba suivait la trace d'un des fragments d'esprit jusqu'à atteindre la vision d'une chaude savane. Une apparence féline -sa forme privilégiée- ne dénoterait pas trop, aussi l'adopta-t-il avant de courir les hautes herbes à la recherche de son protégé.

Ce dernier était en plein festin.
Il avait du bousculer ses semblables pour y accéder, mais il pouvait maintenant déchiqueter à la force de ses crocs les viscères d'un grand kodo. Tommy secoua frénétiquement la tête, éclaboussant sa fourrure de sang chaud. Cette débauche d'hémoglobine lui était savoureuse. La sensation de la chair cédant sous ses mâchoires était le plus exquis des délices. Les bruits des carnassiers en pleine ripaille lui arrachait des éclats de rire que lui renvoyaient les membres de sa meute.
Le Dément avait trouvé son bonheur parmi les hyènes.

Elles étaient des dizaines à se presser contre le cadavre de l'immense bête, à aboyer les unes après les autres, à se battre entre elles. Tommy les accompagnait depuis un moment déjà et les charognards couraient la savane d'une dépouille à une autre, la dévoraient jusqu'à n'en laisser que les plus gros os -ceux que leurs mâchoires ne pouvaient briser- et passaient à la suivante, bruyants nettoyeurs de ces plaines de poussières.

Soudain un aboiement tonitruant retentit, annonçant un individu plus puissant que les autres. Une hyène plus immense encore que le kodo se joignit à la mêlée, envoyant bouler sans ménagement ses semblables plus petits. Elle saisit le corps à la gorge et l'emporta dans son sillage, galopant en le tirant dans la poussière. Les autres hyènes, interrompues dans leur frénésie carnassière, se lancèrent à sa poursuite et, dans la bousculade qui suivit, celui qui n'était pas vraiment un animal trébucha et roula, ne pouvant plus se relever avant que le reste de la meute ait fini de le piétiner.

Bien sûr le Dément voulut se joindre à la chasse. Mais tandis qu'il boitait et que ses semblables se résumaient lentement à un nuage âcre au loin, il dut se résoudre à changer de voie. Trottinant dans l'herbe jaunie, il se mit en quête de ses propres proies. Il lui était difficile d'ignorer la douleur à sa patte, surtout sans la promesse immédiate d'un bain de sang revigorant. Et même si le mal s'estompait peu à peu, ses aptitudes à la chasse ne s'en portaient pour autant pas mieux. Zhévras, trotteurs ou gazelles, tous étaient habitués à des prédateurs plus aguerris, aussi les approches bruyantes et précipitées du Dément laissaient celui-ci bredouille.

C'est donc affalé dans la poussière, la langue pendante, que Yo'tsebba le trouva finalement.

"_Et ben alors, mec. On dirait que la chasse est pas bonne, constata-t-il avec un sourire narquois à la hyène exténuée.
_Courent trop vite. Veulent pas se laisser tuer, répondit Tommy qui, loin de se laisser abattre, reprenait déjà la chasse et avançait mâchoire contre le sol en fixant un rongeur qui passait là.
_Faut dire... T'es pas censé les attraper avant qu'ils soient morts.
_Hein ?! s'exclama le Dément qui de surprise manqua sa minuscule proie et la laissa détaler entre ses pattes. Mais je veux tuer moi ! Renifler la peur ! Entendre les cris ! Voir la panique dans les yeux ! Ça fait partie du meurtre ! Prendre la vie ! Arracher la vie et la regarder couler... Toute rouge ! Toute rouge !
_Le frisson de la chasse, quoi. Je connais ça mec, mais c'est pour les prédateurs, pas pour les charognards.
_Prédateur ! Je veux ça ! J'aime ça ! Meurtre, chasse, prédation ! Comment on a ça ici ?!
_Commence par me suivre, mec. On verra ce qu'on peut faire ensuite..."

Le troll n'était pas vraiment sûr de ce qu'il pouvait tirer de cet individu. Il était comme un couteau en pierre. Fait pour tuer, mais absolument pas affûté. Quelques leçons de chasse le tiendraient certainement occupé. Et puis lui, ça lui permettrait de ne pas trop s'ennuyer. Comme dit, le frisson de la chasse il connaissait, il adorait ça même.


***

Raven avait pris la forme d'un corbeau pour couvrir le plus de terrain possible dans la recherche de son protégé. Et elle avait beau surveiller les bosquets, guetter les bruissements de feuilles dans les arbres, rien n'indiquait une quelconque présence dans les environs. Tournant son regard vers l'horizon, elle avisa le paysage sans plus d'intérêt que l'éventualité d'y trouver une trace de ce qu'elle cherchait. Il y avait des canyons, des pitons rocheux, de grandes plaines où couraient des rivières et derrière tout ça, des montagnes aux riches vallées, mais rien qui ne retint son attention. Le fragment d'esprit n'avait de toute façon pas pu aller si loin.

A moins d'être lui-même devenu un oiseau...

Or, très justement l'Explorateur en était devenu un. Plongé dans le sentiment exaltant que lui conférait le vol, il multipliait les acrobaties aériennes, effleurait les obstacles rocheux et ne laissait rien d'autre le guider dans son errance que la splendeur des paysages qu'il pouvait voir depuis le ciel. Lorsque Raven le trouva finalement, il tournoyait vivement autour d'un piton de roche.
Par sa science des oiseaux, elle le reconnut comme un animal migrateur particulièrement renommé pour ses longs voyages, dont la distance s'étiraient souvent d'un bout du monde à l'autre. Ce qui signifiait qu'il était l'esprit d'un... Vagabond. Ou un fragment vagabond ? Peu importait finalement. Elle devait le surveiller, pas faire sa connaissance. Venant voler auprès de lui, elle interpela l'oiseau voyageur au passage :

"_J'ai à vous parler. Est-ce que vous pourriez vous poser un instant ?
_Me poser ? Mais pour quoi faire ? Il y a beaucoup à voir et pas de temps à perdre !
_Beaucoup à voir ? De quoi est-ce que vous parlez ? Il se passe rarement quoique ce soit ici...
_Je ne parle pas que d'évènements, je parle aussi des paysages autour de nous ! s'exclama joyeusement l'Explorateur. Vous ne les voyez pas ? Il y a des canyons, des pitons rocheux, de grandes plaines où courent les rivières. Et regardez derrière tout cela. Des montagnes aux riches...
_...Vallées, oui. Ça ne m'a pas échappé... Ce n'est que le Rêve d’Émeraude. Azeroth telle qu'elle était lorsque les Faiseurs sont partis, récita machinalement Raven. Ça restera éternellement comme ça. Et éternellement vert.    
_Vert ? Je trouve cet endroit bien trop coloré pour être résumé à cette nuance seulement.
_...Vous voyez les couleurs ?
_Bien sûr, pourquoi est-ce que je ne les verrais pas ?
_Parce que... Et bien..."

Si la worgen peinait à donner une explication qui lui semblait pourtant évidente, c'est parce que dans le même temps elle en cherchait une à cette curieuse situation. Voyager dans le Rêve vous fait voir les choses dans ces nuances vertes, mais les gens rêvent normalement en couleurs, non ? Son interlocuteur n'avait sans doute pas conscience qu'il était plongé dans une transe onirique, encore moins dans le domaine d’Émeraude. La gilnéenne se demandait dès lors quelles autres particularités se cachaient dans cette dimension à mi-chemin entre les rêves et le Rêve.

"_Vous ne voulez vraiment pas vous poser ? Ce serait plus simple pour parler.
_Comme vous voudrez mon cher.
_...Je suis une dame.
_Oh désolé. C'est que vous avez la voix particulièrement rauque et...
_C'est le corbeau qui fait ça." l'interrompit Raven d'un ton péremptoire, avant d'infléchir sa trajectoire pour planer au sommet d'un des pitons rocheux.

Une fois tous deux posés, la worgen changée en corbeau put reprendre pour son interlocuteur :

"La situation dans votre esprit était grave, aussi nous avons dû vous séparer du corps le temps de retrouver votre fragment d'âme perdu. Ne vous inquiétez donc pas de ne pas voir vos... Peu importe comment vous vous appelez entre vous. Ils sont en sécurité auprès de mes camarades qui doivent les guider. Pour ma part je m'appelle Raven Roth et on m'a chargée de votre personne."

A ma plus grande joie, ironisa la druidesse pour elle-même. Elle avait espéré que ce morceau d'esprit serait calme et posé, mais il semblait tout l'inverse et courait d'un bord à l'autre de leur perchoir, son regard sautant sur l'horizon comme celui d'un oiseau.

"_Puisque nous allons rester ici un moment, je peux éventuellement vous expliquer comment fonctionne le Rêve d’Émeraude. Donc si vous avez des questions...
_Oh oui, j'ai bien une question ! claironna l'Explorateur qui était penché par dessus le rebord, les yeux rivés sur quelque chose de vraisemblablement très intéressant. Savez vous où mène ce cours d'eau ?
_...Ce n'est absolument pas une question à laquelle je peux répondre.
_Oh dans ce cas, pourquoi ne pas le découvrir ensemble ?
_Non. Je n'ai pas vraiment..."

Mais l'oiseau migrateur s'était déjà laissé tomber au bas de leur perchoir, disparaissant de son champ de vision.
Raven inspira longuement. Maintenant elle allait devoir discuter ET bouger.


***

Les traces du fragment d'esprit avaient mené Coriandre dans une jungle. Là, sa forme stellaire la faisait briller de mille feux, aussi lui aurait-il été difficile d'être discrète, même si elle l'avait voulu. Ne sachant trop où aller, elle décida d'errer le temps de sentir la présence d'un autre esprit dans le Rêve.

Le Connaisseur ne savait pas ce qu'il avait espéré en franchissant la porte qui s'était ouverte pour lui. S'attendait-il à arriver en un lieu de haute intelligence, propice à l'élévation intellectuelle ? Peut-être un peu, au fond. Escomptait-il échapper à la médiocrité de son entourage ? Il avait au moins compté là-dessus. S'attendait-il à se retrouver au milieu d'une bande de macaques braillards, agités et indisciplinés dont il partageait en partie l'apparence ?

Non, définitivement non.

Son arrivée au milieu de la communauté de singes avait d'abord fait des curieux, suscité l'intérêt. Le nouveau venu devait notamment cela aux étranges marques bleues et rouges qu'il portait sur son visage et qui étaient propres aux mandrill.
Le Connaisseur avait cru voir chez les animaux des êtres malins, intelligents, ou au moins assez curieux pour le devenir un jour. Se sentant dès lors investi de sa mission d'éducation, il avait voulu les regrouper, en faire une classe, dispenser un cours.
Il aurait du pressentir, devant la difficulté à tenir ses semblables simplement assis dans une même direction, que la situation dégénèrerait.
Il avait ainsi tenté de leur apprendre à compter, en traçant sur les parois rocheuses des tables d'additions sommaires, où les chiffres étaient des bâtons. Mais les excréments qui maculaient ses inscriptions étaient représentatives de l'opinion générale sur l'arithmétique. Il n'avait pas voulu s'user à leur apprendre son langage, quoique leurs cris l'horripilaient plus que de raison. Il avait cependant essayé de leur enseigner les bases de la civilisation, à savoir l'usage d'outils et notamment la maîtrise du feu. Mais c'était se rabaisser beaucoup trop bas pour lui : comprendre par là qu'il était lui-même incapable de faire des étincelles sans outil manufacturé ou de confectionner une lance avec des matériaux naturels bruts. Les singes ne semblaient de toute façon pas curieux de savoir ce qu'ils pouvaient faire de leurs dix doigts, si ce n'est découvrir dans quels orifices de leurs corps et de celui de leurs camarades ils pouvaient les glisser.
Alors le Connaisseur avait fini par s'emporter, se laissant aller à un comportement simiesque. En leur criant ses remontrances, il avait poursuivi ses camarades en abattant sur eux la branche qui lui servait de baguette. Il les avait trainés par la queue, fait tomber des arbres, leur avait lancé des cailloux quand il avait commencé à en recevoir. Il avait réclamé la discipline comme un berger réclame l'ordre dans son troupeau.

C'est alors que débarquèrent deux singes extraordinaires. Le premier, le plus imposant était un gorille anormalement immense et dont la particularité était d'avoir un tonneau à la place du poing droit. L'autre, juché sur son dos et armé d'un long bâton, était de la race des petits singes qui se balancent dans les arbres. Il était cependant aussi haut qu'un homme et avait d'ailleurs avec les humains bien plus de semblances physiques que n'importe quelle autre espèce de singe. Et si son camarade exsudait une force et une rage animales, lui affichait un regard malicieux et brillant d'intelligence.
Les deux animaux se présentèrent : le petit s'appelait Souk, le grand Wouk et ils étaient venus mettre le premier.

Hans, qui avait été rassuré de rencontrer deux spécimens doués de paroles, déchanta donc rapidement à cette annonce. Il tomba plus encore des nues, lorsque d'un rugissement tonitruant, le gorille provoqua une frénésie de violence parmi le groupe de singes qui explosa en bagarre désordonnée. Désolé devant cette débâcle, le Connaisseur voulut houspiller ses semblables, leur faire cesser leurs singeries, mais ils restaient aussi sourds à ces appels au calme qu'aux précédents. Et lorsqu'il voulut stopper la bagarre à sa source, en s'en prenant aux deux grands singes vers qui convergeait la mêlée, il n'écopa que d'un coup de tonneau qui l'envoya bouler au loin.

"_Vous n'êtes qu'une bande de... De singes ! cria-t-il en se relevant.
_Et bien oui, ce sont des singes, à quoi vous attendiez vous ?" dit une voix dans son dos.

Interloqué par ces paroles, les premières qu'il entendait former une phrase grammaticalement correcte, Hans se tourna vers son interlocutrice. Et lorsqu'il vit l'elfe sous sa forme stellaire, il avança vers elle en espérant qu'elle était aussi brillante qu'elle en avait l'air. Coriandre put pour sa part le détailler un peu plus, remarquant le monocle qui tenait on ne sait trop comment devant son œil droit. Pas de doute, il était l'intrus ici.

"_Je ne saurais dire, répondit le mandrill. A des êtres doués d'intelligence, capables de s’intéresser aux savoirs de ce monde ?
_Tous les êtres sont intelligents à leur façon, vous savez. Mais vous pensiez vraiment trouver votre définition de l'intellect au milieu des animaux sauvages alors que certains êtres civilisés n'en sont même pas capables ?
_Je n'ai pas exactement choisi d'être ici, figurez vous.
_Non, mais selon le rituel vous devriez être assez proche de ce que vous recherchez... Vous intéressez vous vous mêmes aux connaissances du monde ? demanda l'elfe, dont la question fit hausser un sourcil au Connaisseur.
_A ce point de la discussion, je pense qu'il serait judicieux de nous présenter puisque visiblement vous ne savez pas du tout qui je suis."

En voyant les efforts que faisait son interlocuteur pour avoir l'air digne malgré son apparence simiesque et malgré la bagarre qui avait lieu dans son dos, Coriandre commençait à questionner la précision du rituel. Le pauvre hère était visiblement tombé bien loin de sa zone de confort.


***

L'archidruide Merlegris avait choisi la forme, non de l'oiseau dont il tenait le nom, mais d'un corbeau des tempêtes pour se lancer à la recherche du fragment d'esprit imprévu, le sixième. Son vol le mena à de grands bosquets dans lesquels il adopta l'apparence du cerf, plus adaptée. Toutefois, quelque chose l'inquiétait, alors qu'il marchait au milieu des arbres. Cette forêt ne lui était pas inconnue, puisqu'il s'agissait de celle du Mont Hyjal, aussi verdoyante qu'elle l'avait été par le passé. Et c'était justement ce qui poussait l'archidruide à la méfiance : le Mont Hyjal avait ces dernières années subi le passage de la Légion et du Fléau combinés, puis celui des Seigneurs de Feu. Le Rêve d'Émeraude était connu pour être la demeure des esprits de la Nature, mais aussi des songes, or ces bois avaient connus de véritables cauchemars.

"Une souris verte, qui courait dans l'herbe !"
C'était sous la forme de cet animal que l'Innocente trottinait joyeusement dans la forêt. De son apparence animale, elle avait déduit qu'elle était sûrement en train de rêver, sinon pourquoi sa fourrure aurait-elle été de la même couleur que l'herbe ?
Toute folle de joie, la petite se laissait guider dans sa promenade par le chant des oiseaux et les couleurs chatoyantes des fleurs. Roulant dans l'herbe et bousculant les pissenlits, elle faisait son chemin en sautant sur les champignons puis sur les cailloux dans les rivières. Sa joyeuse balade finit par la mener en vue du flanc d'une très haute montagne au sommet de laquelle trônait un très grand arbre qui attisait sa curiosité enfantine. Mais plus bas, plus à sa portée, se trouvait une hauteur qui surplombait la forêt et au bord de laquelle se dressait un autre arbre solitaire. Ce dernier avait cela de fascinant pour la fillette qu'il lui semblait voir des lanternes pendre à ses branches et se balancer au gré du vent. Dès lors, elle trottina sur la pente rocheuse jusqu'à atteindre le tronc épais. De là, elle pouvait voir les lanternes briller comme si des lucioles les habitaient, mais surtout elle pouvait voir un visage dans l'écorce, assoupi.
Plus curieuse encore qu'avant son arrivée, l'Innocente grimpa à l'arbre jusqu'à se tenir entre ses deux. Et quelle ne fut pas sa surprise de voir ceux-ci s'ouvrir sur d'intenses lueurs dorées. De surprise, la petite chuta de son perchoir pour être rattrapée par les branches qui étaient des doigts et la levèrent ensuite devant le regard lumineux. Tout d'abord apeurée, la fillette se laissa rapidement gagnée par l'aura de paix et de sagesse qui émanait du géant de bois. Ainsi la curiosité reprit le pas sur la crainte lorsque dans un grincement d'écorce, l'ancien du savoir lui demanda :

"_Et bien que fais-tu ici, jeune souriceau ? Ne sais-tu pas que ce flanc de la montagne est la demeure des grands rapaces ? C'est plutôt dangereux pour une créature de ta taille.
_Mais j'ai pas peur, affirma la souris. Je suis dans un rêve alors je peux faire ce que je veux.
_Dans un rêve dis-tu ? Dans un rêve..."

Le visage de l'ancien sembla préoccupé, aussi l'Innocente lui confirma-t-elle ses dires avec un petit "Hun-hun" avant de reprendre plus joyeusement :

"_Comment tu t'appelles ? Tu es le premier à qui je parle ici. Et tu es un arbre, c'est drôle non ?
_On m'appelle Nordu, répondit l'ancien, qui, le regard dans le vide, ajouta pour lui-même : Mais que ferais-je dans le Rêve ?
_Je sais pas, dit l'Innocente qui pensait qu'on lui adressait la question. Peut-être qu'on va devenir amis ici, ce serait chouette ! Mais... Tu ne peux pas vraiment bouger..."

Perdu dans ses pensées, l'arbre se tourna vers la forêt en contrebas de son surplomb. La lueur de ses yeux laissa place à des flammes alors que ses souvenirs s'emparaient de lui.

"Oh non... Je me souviens pourquoi je suis ici..."

Et sous le regard médusé de l'Innocente, un incendie aussi soudain que furieux envahit les bois. Effrayée, la petite n'eut cependant pas le temps de demander ce qu'il se passait car son interlocuteur, lui aussi en proie à la panique, tira ses racines de la terre et se jeta au bas de son surplomb. Trébuchant et s'étalant au sol, l'ancien ne put tenir la souris entre ses mains et le rongeur fut envoyé bouler dans les bois en feux. Lorsqu'il releva son corps de bois grinçant, il avait de toute façon tout autre chose en tête que le destin du petit animal.

"Le cœur de la forêt ! Je dois sauver le cœur de forêt !"

C'est la dernière chose que l'Innocente entendit de Nordu avant qu'une chute de branches enflammées ne la force à s'échapper. Perdu dans la forêt en flammes, le souriceau ne trottinait plus mais courait à tombeau ouvert. Les bois lui étaient méconnaissables : plus de fleurs au sol, plus d'oiseaux dans les hauteurs, il n'y avait que la fumée qui s'élevait des buissons en feu et les pluies de braises ardentes. La chute d'un arbre à moitié dévoré par les flammes la freina tout d'un coup et la mit face à un visage dans l'écorce, tordu par la douleur. La petite ne put détacher son regard de l'apparition que lorsque le craquement sinistre d'une nouvelle chute de branchage ne la chassa. En pleurs, elle se dirigea vers un arbre encore debout, tapant des pattes sur son tronc.

"Qu'est-ce que vous faites ?! Courez ! Courez, vous êtes en danger ici !"

Le géant de bois ne bougeant pas malgré ses appels, l'Innocente leva le museau pour chercher son regard. Mais les arbres autour d'elle affichaient tous sur leur tronc des expressions aussi horrifiantes qu'horrifiées. Et ils brûlaient, sans bouger ils brûlaient alors qu'elle les savait vivants, voyait leur peur et leur souffrance.

"Pourquoi vous ne courez pas ? Il faut partir d'ici..." dit encore la souris, plus faiblement.

Tétanisée par ce rêve qui avait tourné au cauchemar, l'Innocente restait plantée au milieu des flammes, aussi immobile que les arbres.

C'est ainsi que Merlegris la trouva, alors que sous la forme d'un ours il avançait dans le mauvais rêve, son corps massif endurant les flammes oniriques et détruisant les obstacles. Délicatement il referma ses crocs sur la peau du cou du rongeur et l'emporta avec lui, hors des bois qui revivaient en même temps que Nordu le cauchemar de leur fin.


***

Si la forme privilégiée de Borg Roche-Victoire était celle de l'ours, défenseur féroce de la Nature, c'est sous celle d'un félin qu'il avançait souplement dans les tristes landes où il avait été mené. Les hautes herbes le dissimulaient aisément, mais il ne semblait pas se trouver âme qui vive dans le paysage morne qui s'étendait tout autour de lui. Avisant alors un saule pleureur au bord d'un étang, seul être se dressant à des lieues à la ronde, le tauren prit cette direction qui semblait prometteuse, relativement à tout le reste.

"La vie est longue et dénuée de sens."

Cette déclaration avait été le crédo de la Guigne pendant des années, mais il la réaffirmait maintenant car quelque chose avait changé dans la sienne. Plus de bras, plus de jambe, ni même de tête à proprement parler, Marvin était à moitié enterré dans le sol boueux, flasque.

"_A qui le dis-tu, lui répondit un être qu'il ne pouvait voir, faute d'yeux, mais qui semblait aussi enthousiasmé que lui par sa propre existence. Et je ne t'en remercie pas. Après tout, tu transformes tout ce que tu dévores en nourriture pour moi.
_Je ne fais strictement rien... J'attends de mourir.
_C'est aussi ce que je fais... Depuis longtemps. Trop longtemps.
_Personne n'est jamais venu pour te tuer ? Les gens tuent pour n'importe quelle raison.
_Ils tuent même ceux qui ne demandent qu'à vivre. Et moi qui ne veut que l'inverse, je n'ai pas eu cette chance... De toute façon, personne ne vient jamais ici."

La Guigne voulut pousser un soupir, mais il n'avait pas de bouche. Finalement son existence était assez proche de la mort. Sauf que c'était une existence. Une existence horriblement ennuyeuse et dénuée de possibilités.

"_Oh... Voilà quelqu'un... reprit son interlocuteur.
_J'aimerais qu'il m'arrache le cœur, mais je ne suis pas sûr d'en avoir un. Il faudrait qu'il nous découpe en deux. Ça devrait faire l'affaire...
_C'est tout ce que je souhaite..."

A mesure qu'ils en parlaient, Marvin sentait l'approche du nouvel arrivant. Plus précisément, il sentait ses pas alors que ceux-ci provoquaient d'infimes vibrations dans le sol.

"Oh non... Il ne fait rien. Il piétine, je crois qu'il cherche quelque chose."

A nouveau la Guigne voulut soupirer sans en avoir la capacité, puis soudain il se sentit tiré du sol où il se trouvait, soulevé en l'air.

"_Je crois que c'est la fin pour moi.
_Quelle veine, répondit l'autre avec une conviction inversement proportionnelle à l'envie.
_C'est donc là que tu te cachais." dit le tauren qui avait repris sa forme humanoïde pour arracher le lombric à la tourbe.

Jaugeant le fragment d'esprit devenu un ridicule ver de terre, le druide le garda dans le creux de la main avant de l'emporter avec lui, hors des landes désolées.

"Adieu." dit alors le saule pleureur.
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MessageSujet: Re: Esprit à la dérive   Lun 17 Aoû - 21:51

A pas feutré il avance, doucement, une patte après l'autre et sans un bruit. Les hautes herbes ondulent autour de lui aussi souplement que si le vent les poussait. Il approche sa proie, face au vent comme on le lui a appris, se pourlèche les babines lorsque l'odeur vient lui chatouiller les narines. Ramassé sur lui-même il prépare son bond, ne quittant pas sa victime des yeux.

"Viens ma belle... Viens ma gazelle..."

Il bondit alors et pousse un rugissement qui tétanise sa proie, lui laissant la demi-seconde nécessaire pour l'écraser lourdement sous son poids. Ses griffes s'enfoncent dans le cuir de la gazelle, lacèrent les chairs en cherchant à s'y ancrer. Enfin les crocs viennent s'enfoncer dans le cou de l'animal. Le sang chaud afflue dans sa gueule.
Tommy laisse échapper une suite de feulements ressemblant vaguement à un rire alors que la patience et la précision du prédateur laissent place à une frénésie bien plus chaotique. Le corps de la gazelle est rapidement mis en pièces par les griffes du félin qui se défoule, arrache et secoue tout ce qui passe à portée.

"_Très bien, mec. Première proie en solo. Y a du progrès, fit remarquer Yo'tsebba en approchant du Dément. T'as bien mérité ta ripaille.
_Ripailles ! Entrailles ! criait joyeusement Tommy.
_Ouais, ouais, oublie pas ce que je t'ai dis à propos de mettre des tripes partout, prévint le troll avant de s'étirer tout son long et de s'étaler dans la poussière. Et surtout modération dans la chasse, il faut préserver l'équilibre, mec. Bah... De toute façon c'est pas comme si tout ça était réel... Et pense à garder le cœur pour la fin.
_Ha oui oui ! Pour le rituel ! Le rituel de sang !
_C'est ça mec, le rituel de sang. Pour Shirvallah."

Yo'tsebba, en voyant l'enthousiasme de son protégé à déchiqueter les corps, avait décidé de l'initier à quelques rites d'origine trolle. D'abord pour passer le temps, ensuite parce que c'était dans son intérêt et enfin parce que ce fragment d'âme adepte des mutilations les avait assimilés assez naturellement.

Changer cet hystérique sanguinaire en prédateur mortel et silencieux avait cependant été bien laborieux. Le troll avait passé de longues séances de méditation à traîner la hyène dans la savane pour lui apprendre les subtilités d'une approche furtive et d'une morsure fatale. Heureusement, lorsque ces concepts commencèrent à être assimilés par Tommy, son corps avait fini par devenir celui d'un félin, bien plus adapté à la chasse telle qu'elle lui était enseignée.

Maintenant, les deux rêveurs n'avaient plus grand chose à faire hormis chasser la gazelle onirique et entailler des cœurs en récitant les prières à Shirvallah.
Et même si les maîtres de Reflet de Lune réprouvaient ces coutumes, le druide n'avait pu s'empêcher de lancer son protégé sur la voie. A lui ça lui servirait certainement, et pour le loa ça ferait toujours un fidèle de plus. Que le fragment d'âme sanguinaire comprenne ou non la finalité de ces offrandes était secondaire. La vérité lui apparaitrait bien assez tôt.

"_Voilà ! Griffé et envoyé ! Et le pouvoir de tuer encore plus, il arrive quand ?!
_Bientôt mec, bientôt... Par contre pas la peine d'en parler aux autres, hein. Considère que ce sera notre petit secret..."

***

"Vous avez des ailes, pourquoi vous ne vous en servez pas ?"

Raven voletait sous la cime des arbres, tâchant de ne pas perdre des yeux celui dont on l'avait chargée. Mais ce dernier ne tenait pas en place et sautillait de-ci de-là, changeant de cap pour un rien.
C'était visiblement un curieux et Raven détestait les curieux. Ils étaient du genre à s'intéresser à tout, y compris aux gens et à engager la discussion pour, dans le pire des cas, faire connaissance. Heureusement, la druidesse avait jusque là pu éviter toute conversation dont elle était le sujet.

"_Et comment voulez vous connaître la forêt si vous n'êtes pas en son sein ? lui rétorqua joyeusement Allan.
_D'après le rituel, ce que vous voulez c'est voler au dessus du monde et le parcourir d'un bout à l'autre. Pas fouiller les bois de fond en comble.
_Je ne crois pourtant pas avoir besoin d'un rituel pour savoir ce que je veux."

La druidesse corbeau secoua la tête, incrédule. Venait-il de laisser entendre qu'il savait ce qu'il voulait, lui qui était l'individu le plus indécis qu'elle ait croisé ?
Sautant sur une branche au dessus de sa tête, elle fit remarquer à son interlocuteur qu'il semblait loin de savoir se décider. Surtout au vu des multiples changements de direction qu'il avait initié depuis le début de leur périple, entre les ruisseaux, les collines et les bois.

"_Et bien au moins cela aura été une belle balade, n'est-ce pas ?
_Sans doute... Si vous le dites." admit la dame corbeau en roulant des yeux.

Elle lui fit tout de même remarquer que la promenade n'était pas le but du rituel, ce dernier étant la séparation des fragments d'âme en conflit. L'Explorateur lui indiqua alors qu'il n'y avait véritablement qu'un seul de ces "fragments" qui cherchait le conflit et se fit un devoir de présenter les autres. Tam, Hans, Tommy, Marvin, Tym et l'Innocente -arrivée trop récemment pour être baptisée- furent ainsi introduits à la connaissance de la druidesse qui fut interloquée par le chaos de l'esprit du gilnéen. Elle comprit en outre la présence du fragment supplémentaire que son maître n'avait pu anticiper.
Allan s'étonna ensuite d'apprendre qu'il existait un rite pour gérer une situation comme la sienne, conscient que son cas était plutôt rare. Son interlocutrice lui révéla alors la fonction initiale du rituel et la façon dont il était utilisé il y a bien des éons, avant de lui expliquer comment il avait été détourné pour sa condition.

"_...Je vous aurais bien proposé de saisir cette occasion de vous découvrir vous-même, continua-t-elle ensuite. Mais je ne suis qu'une disciple et vous n'êtes que le fragment d'un esprit. Je ne pense pas être en mesure de vous guider correctement vers la Voie qui vous correspond le mieux. Et je ne crois pas que ce soit pertinent.
_Oh, ne vous en faites pas pour cela, la rassura l'oiseau migrateur. J'ai toujours considéré que le voyage était de toute façon plus intéressant que la destination."

Raven soupira en le voyant repartir à petits bonds. Un chevreau, il aurait pu être un chevreau.

"_Vous ne voulez donc vraiment pas vous arrêter ?
_Non bien sûr que non, répondit distraitement l'Explorateur en plongeant dans les branchages d'un buisson. Si je ne peux pas saisir cette occasion pour une quelconque introspection, je peux au moins en profiter pour voyager."

La druidesse, qui dut encore changer de branche, regarda son protégé disparaitre dans le fourré et fut interloquée de voir les bruissements de ce dernier se faire plus amples et plus brusques. L'apparition d'un cerf là où s'était trouvée une sterne il y a quelques instants fit sursauter le corbeau qui croassa de surprise. S'ébrouant, le grand animal se tira du buisson et la chercha du regard.

"_J'ai bien une question maintenant, annonça-t-il en se jaugeant, lui-même surpris. Peut-être plusieurs en fait.
_J'espère pouvoir y répondre, dit la druidesse en volant vers lui.
_Je l'espère aussi. Cela ne vous dérange pas que je marche pendant que nous en parlons ?
_Non. Plus maintenant." répondit le corbeau en se posant sur les bois du cerf.


***

Coriandre se tenait au milieu d'un village sélénien où elle avait troqué sa forme stellaire contre celle des êtres parmi lesquels elle s'était immiscée. De voir tant d'esprits chouettides réunis dans le Rêve l'attristait et la rassurait tout autant. Peu d'êtres avaient le droit de reposer dans le domaine d’Émeraude après la mort, mais les séléniens comptaient parmi les élus de la déesse lunaire et avaient donc ce privilège.
Paradoxalement, il était plus facile de communier avec eux ainsi, les individus vivants et à l'esprit sain s'étant fait rares ces dernières décennies.

La druidesse observait un cercle de séléniens se disperser et regarda l'un d'entre eux se diriger vers elle. Il avait un monocle et une démarche plus digne que celle de ses pairs.

"_Alors ? Comment était-ce ? demanda-t-elle avec une joie non dissimulée.
_Intéressant, répondit le Connaisseur. Réellement. Comprendre leur langage aide évidemment beaucoup. Et j'ai pris des notes, ajouta-t-il en produisant un volume de sous son bras ailé.
_Des notes ? D'où est-ce que vous sortez ça ?
_Et bien puisque nous sommes dans une dimension onirique, j'ai pensé que ma volonté pouvait influer sur la réalité aussi bien que mon inconscient.
_Ha, bien sûr, félicitations. Et justement, cette nouvelle forme vous convient ?
_Le ridicule d'un poulet couplé au grotesque d'un ours. Les bois me siéraient, s'ils n'étaient pas un ajout aussi déplacé."

Quelque peu surprise par ces propos -et le détachement avec lequel ils avaient été prononcés- Coriandre voulut modérer Hans en l'informant que les séléniens étaient des êtres sacrés, dont on disait parfois qu'ils avaient été créés par la déesse elle-même. Ce à quoi son interlocuteur répondit qu'il valait mieux pour Elune qu'elle ne les ait pas créés à son image. La druidesse chouettide s'ébouriffa devant l'offense et fit remarquer au Connaisseur que les séléniens étaient aussi réputés pour leur sagesse. Elle lui serait ainsi gréée de bien vouloir s'en imprégner.

"En tous les cas, dit Hans pour changer de sujet. Leurs connaissances en astronomie sont étonnantes. Je n'aurais pas attendu cela de telles créatures."

Et en effet, Coriandre avait eu bien des difficultés à l'en convaincre, lorsqu'elle l'avait guidé jusqu'à ce village. Les séléniens l'avaient pourtant accueilli avec curiosité sous sa forme de singe, même si la barrière des langues n'avait pas aidé le Connaisseur à reconnaitre la valeur des chouettards. Puis finalement, il s'était essayé à les observer, à apprendre d'eux et reconnut que de véritables savants des étoiles se cachaient sous cette apparence primitive. C'est ainsi que cette dernière était devenu la sienne, et qu'il put dès lors se mêler à eux et commencer son apprentissage.

"_Je vous l'avais bien dit. Saviez vous que ces connaissances pouvaient être utilisées sous la forme d'incantations capables de canaliser le pouvoir des étoiles ?
_Et bien j'imagine que ce n'est pas pour rien qu'on dit que le savoir est le pouvoir. Cependant, je préfèrerais comparer les cartes que j'ai ici avec celles d'autres races plus... Hmm... Portées sur le confort du vêtement.
_Ho... Pourquoi cela ?
_Car nous sommes dans un rêve, aussi rien ne dit que les constellations que nous avons vu ici correspondent à la réalité. Par ailleurs, quand quitterons nous cette transe ?
_Et bien, dès que vos amis auront rapportés le fragment manquant. Et que nous vous aurons tous réunis... A ce propos il est possible que nous rencontrions des difficultés à retrouver la part de vous qui est responsable de la malédiction worgen.
_Je suis plus gêné de voir que vous n'envisagez même pas de ne pas le retrouver... Vous dîtes que les séléniens savent comment canaliser le pouvoir des étoiles ?
_Oui, des astres de manière générale. Le soleil et la lune entre autres.
_Montrez moi cela."

***

Il avait été difficile pour Merlegris de consoler l'Innocente. D'abord parce que les enfants n'étaient pas ses interlocuteurs favoris. Ensuite parce que la fillette étant un souriceau, les gestes comme la tape dans le dos ou sur la tête étaient délicats. Finalement, il avait réussi à la convaincre que les flammes s'étaient tues et que les arbres étaient hors de danger, que rien ne s'était vraiment passés puisque tout était un rêve.
Mais une question avait subsisté dans la bouche de l'enfant : Pourquoi les arbres n'avaient-ils pas fui alors qu'ils le pouvaient ?
Et parce qu'il avait été un tuteur pendant des millénaires, l'archidruide s'était fait un devoir de lui répondre.

"_Les arbres se soucient généralement plus de la forêt dans son ensemble que de leur propre existence. Ils savent que tant que son cœur est préservé, tôt ou tard elle renaîtra et ce peu importe les dommages. Qui plus est, ils savent que les druides peuvent aider les bois à revivre.
_Je trouve ça triste... avait dit le souriceau.
_Comme l'est la perte de toute vie. Mais cela fait partie du cycle, et il est plus facile de l'accepter lorsque l'on est conscient que l'on fait partie d'un tout. Comme les arbres, ou comme les héros se battant pour un royaume, ou un monde.
_Je préfèrerais pouvoir empêcher les arbres et les gens de mourir.
_Les druides peuvent guérir les forêts mais aussi les gens. Ceux qui risquent leur vie pour sauver celle des autres sont d'autant plus respectés. Mais il y a une chose qu'ils doivent comprendre avant de pouvoir se lancer dans cette voie."

Marquant un temps, l'archidruide avait pris le silence de sa nouvelle élève comme une invitation à continuer.

"Ils doivent apprendre que la mort est naturelle et ne peut être évitée, seulement retardée. On ne guérit pas quelqu'un en pensant qu'il sera à jamais hors de danger, on guérit quelqu'un parce que cela lui donnera le temps, l'occasion nécessaire de faire un peu plus de bien. Comprends-tu cela ?"

Non. Bien sûr que non, pensait alors l'elfe, elle ne pouvait pas comprendre, elle n'était qu'une enfant. Mais elle avait tout de même hoché la tête avec un air aussi grave qu'elle pouvait l'afficher. Elle l'avait ensuite suivi, lorsqu'il avait dit l'emmener sur les lieux de son enseignement.
Il lui avait alors parlé des héros, ordinaires et extraordinaires, ceux dont le souvenir survivait par l'héritage qu'ils avaient laissé au monde, par la marque de leurs actes dans l'Histoire. Il lui avait expliqué que ces héros avaient souvent pris des vies, que cet acte était parfois nécessaire, mais que laisser mourir n'était pas acceptable. L'Innocente n'avait pas compris toutes ces nuances, avait demandé comment l'on pouvait juger qu'une vie devait être prise ou devait au contraire être défendue. L'elfe, qui n'avait pas voulu tomber dans la facilité d'une réponse évasive telle que "Écoute ton cœur" ou "Tu le sauras le moment venu", lui parla de ces individus qui voulaient être plus grands que le tout auquel ils appartenaient, qui prenaient pour eux sans se soucier du besoin d'autrui, de l'équilibre et de ceux qui le rompaient.

La leçon avait été longue, et ce n'est que lorsque la métamorphose du souriceau eut lieu, que l'archidruide reconnut qu'elle avait été comprise.

Depuis, c'est à une petite fleur plus sage mais encore un peu impatiente que Merlegris dispensait les enseignements d'Aessina.

***

Borg avait gardé le lombric au creux de sa main, afin d'être certain de ne pas le perdre. Et aussi parce qu'il préférait garder son interlocuteur en vue, à défaut de pouvoir le regarder dans les yeux.

"_Un ver de terre... avait constaté le tauren. Tu dois faire vraiment peu de cas de ta propre existence si le rituel t'a mené vers une créature aussi peu combattive.
_Je crois que ma seule espérance dans la vie est qu'elle arrive à son terme plus tôt que prévu.
_Ha oui ? Pourquoi ça ?
_Pourquoi mourir ? Pour des tas de raisons. La vraie question, c'est pourquoi vivre ? Tout le monde veut le bonheur, le succès, le pouvoir. Les gens luttent pour obtenir ce qu'ils veulent, ils savent qu'ils souffriront à chaque pas et même s'ils atteignent leurs buts ils finissent par chuter... Ce monde n'est définitivement pas fait pour être heureux. Le bonheur est une illusion, la mort attend à chaque tournant sur le chemin...
_Mais comment peux tu affirmer que le monde n'est pas assez bon, si tu n'as rien fait pour le rendre meilleur ?"

A ces mots, le lombric avait fait silence. Une légère contorsion avait été le seul indice d'une quelconque activité du petit être.

"_...Je ne comprends pas. Je ne peux pas changer le monde.
_Si. Bien sûr que si. Tout le monde le peut, à son échelle. Le monde entier n'en a pas après toi, tu n'as pas à le changer dans son intégralité. Mais tu peux toujours le rendre meilleur là où tu passes, pour toi mais aussi pour ceux qui t'entourent. N'y a-t-il vraiment rien que tu veuilles changer ? Qui vaille pour toi la peine de faire un effort ?"

Nouveau silence, le temps d'une réflexion. Puis la Guigne avait confié au druide son désir d'arracher les morts-vivants à leur sort, trouvant injuste qu'on les ait ainsi privés de la libération de la mort.
C'était un début, avait alors pensé le tauren, une base sur laquelle il pouvait peut-être construire quelque chose.

C'est ainsi que Borg était parvenu à insuffler un peu plus de combattivité chez Marvin. De la lutte contre les morts-vivants et ceux qui les manipulent, jusqu'à la défense de la Vie, le pas n'avait pas été si difficile à franchir. Il le fut définitivement lorsque la Guigne admit qu'il donnerait volontiers sa vie pour d'autres, déclaration qui fut le déclencheur de sa métamorphose en un ours massif quoique quelque peu apathique.

Ce qui était difficile maintenant pour le tauren, c'était de faire comprendre au désolant personnage pourquoi il devait s'entrainer à survivre...


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MessageSujet: Re: Esprit à la dérive   Jeu 20 Aoû - 0:54

Après sa prison de brumes mauves, dans laquelle il avait eu l'impression de n'exister qu'à l'état de fantôme informe, Tym s'était retrouvé dans une infinie forêt de nuances verdoyantes. Ne sachant pas s'il avait finalement fait le grand saut ou non, il se demandait s'il reverrait un jour le monde autrement qu'en monochrome.
Au moins ici, il avait un corps, même si ce n'était pas vraiment celui auquel il était habitué. Virevoltant parmi des arbres bien plus immenses qu'ils ne devraient l'être, il comprit en se jaugeant longuement qu'il était devenu une libellule. Étonnamment, cela ne le choquait pas plus que ça. Depuis le temps qu'il était seul et sans forme, il avait passé le cap de la panique, de la colère et même du désespoir. Pour ce qu'il en savait, il était peut-être mort, alors il avait aussi bien pu se réincarner. Il vadrouillait ainsi, cherchant un sens à sa nouvelle existence lorsque l'ombre d'un oiseau croassant lui passa au dessus.

"_Vous voilà enfin, lui dit alors le corbeau. Ne perdons pas plus de temps et suivez moi.
_Euh... Non ? Vous êtes un oiseau et je suis un insecte, si je vous suis vous allez sûrement me manger.
_Quoi ? Non. Je suis une druidesse. Je vous expliquerais en route.
_Oh. D'accord, si vous le dites..."

S'élançant à la suite de l'oiseau, Tym gardait tout de même une distance respectable en cas de coup fourré. Curieux, il demanda à la prétendue druidesse :

"_Dites... Est-ce que je suis mort ?
_Non, lui répondit Raven. Vous êtes simplement dans le Rêve d’Émeraude. Vous avez été arraché au reste de votre esprit. Je suis là pour vous aider à le réintégrer.
_Oh, alors je ne suis vraiment pas mort ? Chic !"

Soulagés, le jeune homme prit le temps de considérer sa nouvelle situation. Le Rêve d'Emeraude c'était toujours mieux que la mort. Et il allait pouvoir retrouver son esprit, son corps, ses amis. Nul doute que cela lui ferait du bien après sa longue solitude.
Les deux gilnéens avaient dépassés quelques fourrés lorsque Tym se métamorphosa en papillon, ce qui le coupa dans son élan enthousiaste et ralentit drastiquement sa vitesse de vol.

"_Et ça, c'est quoi ?! s'exclama-t-il, surpris.
_Les effets du rituel, dit simplement Raven qui avait du ralentir elle aussi.
_Ah oui, le rituel évidemment... Je peux savoir lequel ?
_Celui que nous avons utilisé pour séparer les fragments de votre esprit décousu avant qu'ils ne soient annihilés par votre Bête intérieure.
_Tam ? Il a essayé de reprendre le contrôle, c'est ça ? Et les autres, ils vont bien ?
_Je ne peux pas dire qu'ils vont mal... Mais pour vous réveiller, il faut toutes les parts de votre esprit. Cela inclut le Loup. D'ailleurs, pour votre propre bien, il serait bon que vous voyiez les choses en plus grand pour votre prochaine métamorphose."

Battant de ses ailes aussi vite qu'il le pouvait, Tym s'efforçait de tenir le rythme. Il tentait de se concentrer sur sa course, mais trop de questions se bousculaient dans sa tête. Combien de temps avait-il été absent ? Que lui était-il arrivé ? Qui était cette druidesse ? Où étaient ses amis, ceux qui existaient dans son esprit et ceux qui existaient en dehors ? Une nouvelle transformation eut lieu, et il loucha sur un long bec fin avant de baisser les yeux sur des serres.

"_Ha ! Un oiseau, c'est toujours plus grand qu'un insecte, non ?
_Hmf, pas toujours, rétorqua Raven au colibri. S'il vous plait faites un effort. Personne ne sait ce qui se passe quand un esprit fracturé s'entredéchire dans le Rêve et vous ne voulez pas être le premier à en faire l'expérience.
_Je veux bien faire un effort. Mais je ne sais absolument pas par où forcer...
_Et bien trouvez vite parce que nous arrivons."

Effectivement, leurs ailes les menaient à une clairière que Tym put voir occupée par des silhouettes de tailles diverses. En s'approchant cependant, une nouvelle métamorphose -espérait-il, la dernière- le laissa tomber au sol, sur lequel il se rattrapa à quatre pattes. Des pattes de chien.

"_C'est mieux maintenant ?! aboya-t-il. C'est quelle race ?
_...Un labrador, je crois. C'est approprié. Vos amis sont là bas. Ils vous expliqueront le reste.
_Ha, vous ne venez pas ?
_Non. Vos amis et mes confrères ont décidé que c'était quelque chose que vous deviez faire seul. Avec vous-mêmes... Cela semblait plus juste.
_...Je ne sais pas si vous connaissez mes amis, mais ils ne sont pas très bons pour prendre des décisions.
_Je sais... Je n'ai pas dit que j'approuvais."

C'est sur ces mots que le corbeau s'envola, laissant seul le labrador qui s'avança dans la clairière. Là il tomba nez à nez avec un ours, un chouettard, un lion, un cerf et une fleur. Se sachant vivant, il n'était plus aussi résigné devant les changements de son existence qu'il y a quelques minutes, ainsi fut-il bien surpris de reconnaitre en ces animaux, ses amis d'esprit. Et cette fleur alors, c'était... ?

"_Le voilà ça y est ! s'écria l'Innocente en trottinant vers lui.
_C'est toi ?! C'est vous ! s'exclama Tym à son tour en venant à la rencontre de ses pairs. Mais qu'est-ce qui vous est arrivés ? Vous êtes devenus tout...
_Plutôt que de nous laisser dériver dans le Rêve, expliqua Hans, les druides ont profité de ces dernières semaines pour nous faire bénéficier de leurs enseignements. Nous avons tous appris une leçon profitable.
_Ha oui ? Pourtant non, je n'ai rien appris de plus que ce que je savais déjà, constata Allan.
_...D'accord. Certains d'entre nous ont effectivement appris quelque chose durant ces dernières semaines. Par exemple, j'ai appris à ne pas juger un livre à sa couverture... Métaphoriquement.
_J'ai appris que c'était plus facile de tuer en silence ! cria Tommy avec enthousiasme.
_J'ai appris que certaines façons de mourir valaient mieux que d'autres... dit Marvin, faisant constater à Tym que ses amis n'avaient pas tant changé que ça.
_Et vous avez réussi à faire revenir l'Innocente ?! dit le labrador en sautant en tout sens autour de la fleur. C'est vraiment génial !
_Oui ! s'écria à son tour l’intéressée. Je pourrais avoir un prénom moi aussi maintenant ?
_Oh. Oui bien sûr ! Hmm... Fleur, ça t'irait ?
_Ce n'est pas très original... dit la fleur en gonflant la joue.
_Alors... Flora ?
_C'est un peu mieux..."

Mais le baptême de l'Innocente fut coupé court par le chouettard à monocle, lorsque ce dernier rappela qu'il leur fallait trouver le dernier d'entre eux, et pas forcément le plus désirable. La petite troupe s'engagea alors dans la forêt, suivant l'Explorateur qui avait, semblait-il, trouvé où se dissimulait leur Loup. Il les mena ainsi à une autre clairière, dans laquelle résidait une meute de ces animaux sauvages, occupée à ronger des os. Et parmi ces loups ils reconnurent Tam, bien que son apparence différait de celle qu'ils lui connaissaient. Pas d'yeux rouges flamboyants, pas de fourrure noire comme la nuit. A vrai dire, ce n'était que par conviction personnelle qu'ils pouvaient affirmer qu'il s'agissait bien de lui.
Penchés derrière les arbres, s'efforçant de se faire discrets, ils discutèrent de leur plan d'approche.

"_D'accord... chuchota Tym. Il faudrait le couper de sa meute, mais personne ne va rien dire si on tue des loups ici ?
_Pas de risque, affirma Hans. Toutes les créatures se trouvant ici sont soit déjà mortes, soit en train de rêver. Au pire nous ne ferions que les réveiller dans le monde matériel.
_Oh. Chic... Et vos pouvoirs... Si vous en avez, ils fonctionnent ici ?
_Moi je suis pas sûre de pouvoir vous guérir si vous êtes blessés ici.
_Nous avons normalement le pouvoir de tout faire, mais rien ne dit que cela aura des effets.
_On devrait s'en tenir aux crocs et aux griffes alors... Ça ça marche à coup sûr.
_A coup sûr ! Ouais ! Ouais !
_Alors voilà ce que je vous propose. Ils sont six et..." commença Tym.

Mais le gilnéen n'eut pas même le temps d'ébaucher son plan. Tommy avait disparu dans les fourrés et commençait à contourner la clairière, remuant à peine les feuilles dans son sillage.

"_Mais... Mais non ! s'exclama le labrador désemparé.
_Ne fais pas comme si tu ne l'avais pas vu venir..." lui dit le chouettard.

Les prédateurs canins, qui avaient fini par sentir leur présence, commencèrent à s'agiter et se levèrent, méfiants. Allan s'engagea alors dans leur domaine, à la vue de tous. Les loups commencèrent bien sûr à gronder et montrer les crocs, mais ne tardèrent pas à se lancer à l'assaut. Faisant volteface, le cerf s'élança d'un bond sous le couvert des arbres, laissant sa place à l'ours massif qui vint percuter la meute et la repoussa dans la clairière. Des racines jaillirent alors du sol et entravèrent les prédateurs, les clouant sur place. Un rugissement félin retentit et Tommy bondit hors de sa cachette pour enfoncer ses crocs dans la gorge d'un des loups, le faisant s'affaisser au sol.

"_Oh d'accord... Bonne synergie, admit Tym.
_Eyh ! On fait pas de mal aux loups pris dans les racines ! Ils sont sous ma Res-pon-sa-bi-li-té !" rouspéta Flora.

Se lançant à son tour dans le combat, le labrador se dirigea vers Tam alors que lui et trois autres des loups entravés se libéraient des racines. Deux d'entre eux foncèrent sur le chien, tandis que leurs frères de meute se jetaient sur l'ours. Ceux là atteignirent de leurs crocs l'épaisse peau du cou de Marvin avant d'être jetés au sol, puis accablés par le cri tonitruant de leur adversaire qui hurlait comme un animal blessé. Le lion joignit son rugissement à la cacophonie, écorchant les canidés à grands coups de griffes jusqu'à ce qu'ils prennent la fuite.
Tym retroussa ses babines alors qu'il bondissait, se préparant à subir l'impact de ses deux adversaires. Pas de tricherie ici, il ne pourrait s'esquiver dans les ombres et savait que les loups étaient plus forts que les labradors. Mais l'un de ses adversaires disparut de son champ de vision, fauché par les bois du cerf qui les avait pris à revers. Roulant au sol, piétiné par les sabots, il prit lui aussi la poudre d'escampette. Tym et Tam désormais seuls, ils chutèrent et roulèrent dans un concert de geignements, avant de se relever en grondant, et de chercher à se mordre mutuellement.

"Je le tiens ! Je l'ai ! Je l'ai !" aboyait Tym pour ses camarades tout en cherchant à jeter son adversaire au sol.

Très vite, des racines, la masse d'un ours, les griffes d'un félin et les sabots d'un cerf se joignirent à son effort. Mais rien ne semblait calmer la frénésie du loup qui se débattait férocement, cherchant à mordre même lorsque sa mâchoire fut bloquée.

"_Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?! réclamait-il en sautant en tout sens.
_Et bien je suppose que nous devons le reciviliser... dit le Connaisseur qui s'était finalement approché.
_Tu en parles comme s'il l'avait déjà été un jour..." fit remarquer la Guigne.

Brandissant alors son livre, le chouettard frappa le loup sur la tête, et parmi les grognements commencèrent à se distinguer des paroles.

"Non... Pas... Mots"

Un nouveau coup transforma le langage inarticulé en phrases plus intelligibles.

"_Je vous hais ! Fichez moi la paix ! Je vous ai rien demandé !
_Crois moi, on serait pas venu te chercher si on avait eu le choix, répliqua Tym. Comment on rentre maintenant ?
_On ne devrait plus tarder, le renseigna le cerf. Les druides ont dit qu'ils termineraient le rite lorsque nous serions tous réunis."

Et effectivement, la fin ne tarda pas. Au contraire de la lueur verte que chacun avait vu en quittant leur enveloppe, il sembla à la petite troupe qu'elle glissait maintenant vers un gouffre noir. Ils sombrèrent ainsi tous dans l'inconscience jusqu'au réveil du gilnéen qui se retrouva allongé dans l'herbe, entouré des druides que lui ne connaissait pas encore. Il constata avec joie le retour des couleurs à ses yeux -encore que Reflet de Lune était limitée en termes de nuances- mais mit du temps à retrouver la sensation de son propre corps, engourdi par les semaines d'inactivités.
Avant de pouvoir se relever, il se vit proposer nourriture et eau et dut répondre à plusieurs questions, puis se soumettre à quelques rapides examens. L'esprit encore en émoi, il n'était qu'à demi-conscient de ce qui se passait autour de lui.

Sous son crâne, Tym avait repris son apparence humaine mais ses camarades conservaient celle qu'ils avaient adopté dans le Rêve. Tam grondait encore son mécontentement, mais tout un chacun était occupé à "réaménager" sa part de la grande tour, métaphore de l'esprit qu'ils partageaient. Cette dernière ressemblait ainsi de plus en plus à une grande forêt, les murs se faisant arbres, les ponts et escaliers devenant des branches et un ciel étoilé venant remplacer le néant obscur.

Lorsque la migraine lui passa et qu'il fut de nouveau sur pied, le gilnéen aux personnalités multiples accompagna les druides qui lui expliquèrent plus amplement ce qu'ils savaient des évènements, du sort de ses amis à l'extérieur. Ils lui proposèrent en outre de rester au moins quelques jours pour étudier avec ses amis les différentes voies qui leur avaient été ouvertes et travailler particulièrement sur ses capacités de changeforme.



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