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 Comté-de-l'Automne

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Vaug le Veinard
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MessageSujet: Comté-de-l'Automne   Lun 3 Juin - 21:52


Nous étions tout deux adossés à un des piliers du cloître, la maigre poignée de villageois restants accroupis, terrifiés, à nos côtés : une jeune mère de famille et ses deux fils. L'incendie à l'extérieur, l'odeur âcre et puissante de la fumée, le sinistre fumet rouillé du sang répendu sur le sol ne parvenait pas à effacer l'insupportable fragrance de pourriture qui plânait sur tout le village -ou ce qu'il en restait-.

Je gémis, cette maudite griffure commençait à me faire mal, depuis que le destin nous accordait ce bref répit tendu. La douleur revenait, en même temps que le souvenir aussi bref que répugnant des ongles noirs racleurs de chair de cette goule infecte, s'enfoncer dans mon bras. Cela n'avait duré qu'un battement de cil, et pourtant, je n'arrivais pas à me débarasser de l'image, et la simple pensée que cette blessure était sale jouait à mon esprit un tour des plus déplaisants : je sentais ma plaie -bien que bénine- grouiller de quelque essaim de vers, qui n'étaient, je le savais, qu'une chimère de mon imagination dégoûtée.

L'Homme à côté de moi posa une main ferme sur mon poitrail, m'intimant de me taire et de me tenir prêt d'un regard, avant de reporter ses yeux vigilants vers l'extérieur en flammes. Malgré la tension qu'on pouvait lire dans ses yeux et dans la poigne qu'il exerçait sur son épée, je restais admiratif de ce sang froid, de ce calme rassurant, de cette aura humble et modeste qu'il dégageait en toute circonstances. Ca n'était pas un colosse, ça non, ni très haut, ni très large, ni même très intimidant, un simple quadragénère grisonnant. Son visage tranquille dégageait une sérénité poignante, le calme et la dignité que l'on peut lire sur le visage d'un père veillant sur ses enfants, sans jamais perdre de vue ses devoirs, sans jamais oublier que rien n'est acquis. Rien n'est acquis, et surtout pas la paix, surtout pas ce jour-là.

_"Tiens toi prêt. Dis-leur de fuir vers le sud, vers le Nid-de-l'Aigle" dit-il à voix basse.

Aussitôt, je m'exécutai, chuchotant à la jeune femme dont la tenue humble était mouchetée de sang et brûlée à plusieurs endroits. Peiné par le trauma récent que je lisais dans ses beaux yeux noisette, je n'en demeurai pas moins ferme en lui ordonnant :

_"Vous avez entendu ? Prenez mon cheval, et chevauchez vers le Sud, vers le Nid-de-l'Aigle, avec vos enfants." dis-je à cette pauvre femme qui venait de tout perdre, sauf la vie et celles de ses enfants. "Allez, allez !" insistais-je en lui donnant une tape à l'épaule, tandis que mon maître regardait toujours vers l'extérieur, le front plissé, attentif.

La femme hocha la tête, ses yeux exhorbités de peur fixés sur les miens, puis elle emmena ses enfants en faisant volte-face, après m'avoir glissé un "Qu'Elle vous gardent tous les deux", s'échappant par l'arrière-cour de la chapelle. Je la suivi du regard, pris de pitié, avant de me rapeller que cette femme avait eu beaucoup de chance dans son malheur. Je me renfrognai, puis regardai dans la direction de mon maître. Au dehors, je pouvais aperçevoir à travers les fenêtres sculptées dans la pierre une créature dont la simple vision m'étreignit de peur : un grand guerrier dont le nom de "chevalier" ne refletait aucune noblesse, aucun honneur. Et pourtant, c'était bien un chevalier de la mort, paré d'une lourde armure tâchée du sang de nombeuses victimes qui marchait dans les flammes et les cadavres. Plus loin, ses serviteurs dégénérés terminaient d'accomplir sa volonté sinistre, réunissant les corps près de la place centrale épargnée des flammes, afin sans doute de préserver les corps d'une crémation salvatrice.

Fredrick, c'était le nom de mon maître, me regarda un instant, sourit, et me dit à voix basse :
_"Ne sois pas effrayé, mon brave Cyngald. Ce n'est ni plus ni moins qu'un homme vaincu."
Ne sachant que dire, désarmé par son optimisme, je me contentai d'un sourire, alors que je sentais ma peur s'apaiser agréablement. Il continua de me sourire un instant, puis hocha sévèrement la tête, adoptant un air grave et déterminé.

Puis, il s'élança comme un lion majestueux, moi à sa suite, vers le guerrier ensanglanté, son fier espadon au clair. Tout semblait être ralenti, les sons s'occultèrent à mes oreilles, qui n'étaient troublées que par les chocs de mes pieds sur la terre brûlée, et le sang qui battait à mes tempes. Je reconnus la familière et agréable sensation d'une poussée d'adrénaline. C'était le moment.

_"LORDAERON !!!" invoqua Fredrick, abattant son épée sur le chevalier de la mort, alors que je m'efforçai d'arriver.

L'illusoire silence, les bruits occultés par mon esprit en feu revinrent avec une clarté nette, crue, cinglante et dérangeante lorsque les épées de mon maître et de notre ennemi commun vinrent se heurter avec fracas. Aussitôt, appelés par la sombre magie de leur maître, une petite dizaine d'abominations mortes-vivantes vinrent à moi. Aussitôt, le souvenir récent des sales ongles durs comme l'acier me revint, et je brandi mon propre espadon.

Alors que Fredrick et le Chevalier de la mort battaient violemment le fer, je n'eus d'autre choix que de fuir devant ces adversaires décharnés, laissant mon maître seul face à cet adversaire mortel. Mais il savait ce qu'était le combat. Il savait ce qu'était la bravoure imbécile, et m'avait appris à combattre autrement. Il savait que je ne l'abandonnais pas.

Je les menèrent dans les ruelles en ruines de ce qui fut autrefois une charmante bourgade, je courrus de toute ma célérité à travers les murs détruits, empruntant les passages les plus sinueux possibles. Ils me suivirent, sans jamais me perdre de vue, mais je n'en fus pas désespéré, car je voulais bel et bien les affronter et non les fuir : au détour d'un mur réduit partiellement à l'état de décombres noircies, le groupe de décérébrés affamés fut contraint de passer en file indienne. Un pied au sol et l'autre posé en hauteur sur une pierre, j'eus le loisir d'occire trois d'entre eux, l'un après l'autre, cisaillant leurs crânes à grands coups d'estramaçon, avant qu'ils n'aient l'idée d'arriver à plusieurs, grimpant sur le mur. Je repris ma course effrénée à travers les ruines, tandis que j'entendais avec inquiétude le fracas des épées des deux prestigieux combattant sur la rue principale. Loin de m'inquiéter, cela au contraire m'encouragea, car ces sons prouvaient qu'ils continuaient de combattre, et donc que mon maître était toujours en vie !

Mais mes poursuivants avaient été plus malins qu'escomptés : pris dans l'espace formé entre quatre petites maisons, je me trouvai encerclé par trois squelettes armés d'épées, et par une goule décharnée. Moi qui était habitué à lire la malice, ma méchanceté, et souvent la bêtise dans les yeux de mes adversaires, je me trouvai encore une fois désarmé face au dérangeant visage des agents du Fléau, qui outre la pourriture et la non-vie, avaient ces orbites vides, ces faces dénuées d'expressions, de sentiments. Il est dit qu'un homme qui se protège est un homme en danger. Alors j'attaquai un des squelettes, fondant sur lui en le frappant de haut en bas. Il esquissa une parade haute, et je pris aussitôt mon épée à une main et demi, enfermant celle du squelette dans une boucle formée de mon épée et de mon bras armuré. Puis, d'une louable oeuvre d'escrime apprise par mon estimé maître, je parvint à lui faire perdre l'équilibre, poussant sur mon fer contre le sien, et le déséquilibrant d'une jambe ferme. Il tomba à la renverse, et je n'eut le temps que de lui infliger un coup de grâce sans cérémonie d'un coup puissant lui éclatant le crâne en deux, avant que mes autres adversaires ne parviennent à ma portée.

Faisant désormais face aux autres adversaires, je battis à nouveau le fer, et au terme d'une brève passe d'armes, je parvint à défaire mes adversaires squelettiques, mais alors que je décapitai mon dernier ennemi décharné, la goule me bondit dessus et me flanqua au sol, le heurt me fit perdre mon arme et me coupa le souffle. Elle tenta de me griffer, de me mordre, mais je me débattais de mes bras, de mes poings. Je n'allais pas servir de repas cette fois ! Et pourtant... Je lui bloquai un bras, puis l'autre, mais je blêmis en voyant sa bouche dégoûtante s'ouvrir pour refermer ses sales dents gâtées sur mon visage. Je sentis ses dents de devant glisser entre mes lèvres et mes dents, et commencer à s'enfoncer dans mes gencives et mon menton. Je hurlai, l'innomable pourriture me vrillait la tête autant que l'insupportable douleur. Mais il était hors de question que je me laisse dévorer vivant ! Renonçant à repousser sa tête, je sortis mon couteau et je pris mon sang froid pour ignorer la douleur le temps de lui déchirer et de lui scier méthodiquement le cou, d'ou jaillit aussitôt un geyser de sang noir et grumeleux, infâme, qui s'étala partout sur mon visage et mon plastron. Je délogeai la tête en tirant dessus avec force, hurlant à nouveau de douleur, et elle laissa une dent noire fichée dans mon menton ensanglanté. Une fois relevé, je tituba puis tomba contre le mur avant d'y vomir à pleine gorge, traumatisé par la douleur, l'agression et l'odeur. Reprenant mes esprits, les bruits métalliques du combat, presque rassurants, me parvinrent à nouveau.

D'un revers de bras, je m'essuyai le visage et empoignais mon épée, courant vers la ruelle principale. Sur les lieux, je vis Fredrick en difficulté, soumis par les assauts incessants, répétés, brutaux et rapides du chevalier de la mort, tel un frêle esquif tenant bon face à une marée d'acier un jour de tempête. Les râles d'efforts acharnés de mon maître et les rugissements de haine portés par la voix glacée et terrible de l'ennemi sonnaient comme dans un amphithéâtre vide, les deux "acteurs" dégageaient une aura formidable qu'en cet instant je ne su décrire, et qui m'ému. Seul le feu crépitant accompagnait le fracas des épées. Ma brève contemplation s'acheva quand je vis alors mon maître subir un terrible estoc au ventre, le traversant de part en part, dans un cri de victoire vicieux du chevalier. Quand l'épée du chevalier de la mort se retira, il tomba à genoux, et leva la tête vers la lune, vaincu, et resta ainsi, râlant et grognant sa douleur avec un air étonnement calme, comme si il était victime d'une simple indigestion.

Alors que le redoutable suppôt du Roi-Liche levait sa lame au clair de lune pour lui porter le coup de grâce, je chargeai à sa rencontre, et frappai de toutes mes forces entre son casque et son épaulière, de l'estocade la plus féroce que j'étai capable d'évoquer.

Pris au dépourvu, il me para in-extremis, et riposta d'une attaque similaire. Je sentis avec une frayeur glacée à l'estomac toute l'ampleur du talent de combattant de mon adversaire lorsque sa lame se retourna contre moi au moyen d'une des plus redoutables oeuvres d'escrime, froissant ma lame si violemment que je failli lâcher. Je m'esquivai moi-même de cette calamité, mais à peine eus-je le temps de porter un second coup qu'il m'imita prestement : nous battîment le fer avec ferveur, la lourdeur de son armure ne semblait absolument pas le gêner dans la rapidité de ses mouvements, ce qui me témoignait de sa force terrifiante.

Les chocs blessaient mes bras, meurtrissaient mes mains pourtant endurcies, secouaient ma carcasse à m'en couper le souffle, ses assauts pourtant brutaux étaient trop précis, trop expérimentés. Il savait se faire faible quand je me faisais fort, et savait se faire fort quand je me faisais faible, glissait sur ma lame, tréssautait, détournait mes assauts. Il déjouait mes anticipations, contrecarrait mon ressenti d'une manière chaque fois plus adroite. J'étais dépassé. Soudain, je sentis mon épée s'échapper de mes mains blessées, alors qu'il me désarmait d'un habile moulinet.

C'est à ce moment que la lame de Fredrick vient couper nettement les deux avants-bras de mon abominable ennemi. Il hurla de haine, la douleur lui étant inconnue, mais quand il s'apprêta à se jeter sur lui, mon maître pivota sur lui-même en une gracieuse virevolte et lui porta un ultime coup d'estramaçon au cou, qui le décapita net. Le premier rebond de la tête impie frappa le sol en même temps que les genoux de mon maître.

Nous nous regardâmes un instant, nos souffles sifflants et meurtris comme seule musique, jouée par les deux seuls survivants du bal meurtrier joué ce soir-là sur cette scène macabre. Son visage à peine tordu par la douleur me sourit.

_"Tu t'es bien battu, Cyngald... je suis fier de toi" me dit-il de sa voix si assurée, malgré sa blessure. Je me jettai sur lui, et inspectai ladite blessure.
_"Maître, votre blessure..." m'exclamais-je, soudain pris de détresse à son égard, cherchant à le défaire de son armure pour voir l'étendue des dégâts.
_"Je survivrais." m'interrompit-il, posant sa main sur la mienne. "Allons, brûlons les corps de ces pauvres hères... et allons vite rejoindre le camp de la Main d'Argent."
Il sourit, et hocha la tête en fermant les yeux, avec cette même confiance rassurante lisible sur sa face sereine. Sans dire mot, j'acquiescai, puis nous nous mîmes à la tâche...


Dernière édition par Cyngald Aering le Mar 4 Juin - 16:05, édité 1 fois
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Vaug le Veinard
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MessageSujet: Re: Comté-de-l'Automne   Mar 4 Juin - 15:34

Edit - Rectification de pas mal d'erreurs de conjugaison / orthographe
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